Trait d'Union de l'Eure
"Assez parlé d'égalité, il est temps de faire des
égaux" (Jean Jaurès)
Pour être informé en temps réel de la publication de nouveaux articles,
inscrivez vous à la Newsletter
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Bonjour !
Merci à celles et ceux qui ont la gentillesse
de reprendre la lecture de ce blog politique.
Les échéances électorales sont évidemment importantes.
Mais elles sont peu devant l'immensité de l'effort nécessaire
de formation, de réflexion, de cohésion pour
reconstruire le parti des socialistes
sur une ligne clairement à gauche !
Défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance
Source : UFAL
Lien permanent vers cet article
Denis Kessler est de retour. L’ancien n° 2 et idéologue en chef du MEDEF au côté d’Ernest-Antoine Seillières de 1994 à 1998, apôtre du projet de “refondation sociale” d’alors, signe un
éditorial dans le journal Challenge du 4 octobre 2007. Il éclaire avec le plus grand cynisme la cohérence globale du projet Sarkozy : liquider le modèle social construit au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la base des rapports de force issus de la Résistance et de la Libération. Il s’agit bien d’une contre-révolution. Bon à savoir pour
mieux combattre !
ADIEU 1945, RACCROCHONS NOTRE PAYS AU MONDE !
Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y
emploie.Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées
diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce
programme ambitieux.
La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement
le programme du Conseil national de la Résistance ! A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la
France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’«historiques» - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions
politiques acquises.
Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se
traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui
viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.Cette «architecture» singulière a tenu tant
bien que mal pendant plus d’un demi-siècle.
Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun.
Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales,
internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne
une vocation éternelle, qu’il les «tabouise» en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux
sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre
apparaissent sacrilèges. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement
asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat
interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération
d’entrepreneurs politiques et sociaux.
Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.
par Denis Kessler
voir tous ses articles
UIMM : un pilier du patronat qui vacille
Communiqué
d’Alain Vidalies, Secrétaire national aux Entreprises
UIMM : une instruction judiciaire pour faire toute la lumière
Depuis plusieurs semaines, la presse accorde un large écho aux soupçons de détournement de fonds issus des comptes de l'Union des Industries et Métiers de la
Métallurgie. Les faits sont reconnus et publics : l’UIMM, principale organisation patronale, détient une caisse noire de 600 millions d'euros, dans laquelle des prélèvements en liquide de 20
millions d'euros ont été réalisés ces quatre dernières années.
Les déclarations de l'actuel et des anciens responsables de cette fédération mettent en cause pêle-mêle leurs propres salariés et les organisations syndicales. Ils laissent ainsi entendre que ces
détournements de fonds alimentaient la corruption et une caisse de solidarité opaque contre les mouvements de grève.
Le Parti socialiste regrette que, face à des accusations d’une telle gravité, le gouvernement soit resté silencieux. La gravité des accusations portées et l'importance des sommes détournées
imposaient au contraire de faire toute la lumière sur l'origine et la destination de ces fonds.
Le Parti socialiste demande au gouvernement d’ouvrir une instruction judiciaire dans le dossier de la caisse noire de l’UIMM. À défaut, les députés socialistes déposeront une
résolution pour la création d'une commission d'enquête parlementaire.
Paris, le 31 octobre 2007
Ce qu'ont dit les protagonistes
LE MONDE | 15.05.08 | 13h27 - Article paru dans l'édition du
16.05.08
Où sont allés les
21 millions d'euros sortis des caisses de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) entre 2000 et 2007 ?
Pourquoi la puissante organisation patronale a-t-elle distribué des liasses de billets retirées des coffres de ses banques ?
Pourquoi la justice a-t-elle tant tardé à s'intéresser à de si importants mouvements de fonds occultes
?
Le Monde a eu accès au dossier judiciaire de l'affaire et aux procès-verbaux d'audition des principaux acteurs : Denis Gautier-Sauvagnac, l'ancien président de l'UIMM, Laurence Parisot, son adversaire, la présidente du Medef, et les différents intermédiaires qui ont "porté les valises". Une plongée révélatrice dans les secrets du patronat.
A
qui étaient destinés les 21 344 691euros
prélevés, par liasses de billets de 100 euros, sur les "comptes spéciaux" de l'UIMM de 2000 à 2007 ?
Pourquoi l'enquête judiciaire pour
abus de confiance a-t-elle démarré en septembre 2007, par un signalement de l'organisme antiblanchiment Tracfin, alors que les retraits suspects étaient connus des banques depuis 1995
?
En huit mois d'enquête, la brigade financière a découvert les curieux atermoiements. Mais elle n'a pu identifier ceux qui ont
préféré étouffer l'affaire. Il a fallu neuf ans à la BNP Paribas, qui détenait avec la banque Martin-Morel les
comptes de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), pour saisir Tracfin, trois ans aux enquêteurs financiers pour se décider à saisir la justice.
Un délai étonnamment long qui laisse deviner l'embarras des pouvoirs publics.
Perquisitions au Medef et à Tracfin, auditions, sur fond de
sourdes rivalités entre Laurence Parisot, la patronne des patrons, et Denis Gautier-Sauvagnac, l'ex-président de l'UIMM, et de pratiques occultes ancestrales…, l'enquête sur n'a pas encore livré
tous ses secrets. Les syndicats sont implicitement désignés par les responsables de l'UIMM comme étant les principaux destinataires de ces fonds secrets. Le Monde a pris connaissance du
dossier judiciaire et livre, à travers les déclarations des principaux intervenants recueillies sur procès-verbal, le récit d'une enquête hors normes.
"Les billets sentaient le moisi". Suzanne Ducouret, 67ans, a été chef comptable de l'UIMM pendant vingt-trois ans. Autant dire qu'elle connaît la maison et ses arcanes.
Interrogée par les policiers, en octobre 2007, elle ne feint pas la surprise. "Quand j'ai pris mes fonctions de chef comptable, en 1977, ces pratiques existaient déjà, se souvient-elle. Tout
membre entrant au service comptable était fatalement mis au courant." Elle se remémore quelques scènes cocasses. Comme l'irruption régulière de Michel G., délégué régional de l'UIMM. Il
remettait "des valises contenant des espèces, toujours en billets de 500 francs, sans nous dire d'où ça venait (…). Je me rappelle qu'une fois les billets sentaient le moisi. Ils avaient dû
séjourner un long moment dans un endroit humide".
L'Entraide professionnelle des industries des métaux (EPIM), créée en 1972, sert déjà de pompe à finances à l'UIMM. Elle encaisse les cotisations des entreprises du secteur. En 2007, elle se
retrouve à la tête d'un patrimoine financier dépassant les 600 millions d'euros. L'argent, collecté et versé sur le compte de l'EPIM, ressort pour être versé sur les comptes "spéciaux"
de l'UIMM, d'où sont retirées les sommes en espèces. Un circuit occulte parfaitement huilé. C'est Suzanne Ducouret qui assure le transport final des fonds au siège de l'UIMM, "avec le même
sac à main qui était dédié à cela". Puis elle attend le coup de fil de sa hiérarchie.
"J'ai toujours eu l'idée que ces fonds étaient destinés à des partis politiques". Selon Mme Ducouret, Pierre Guillen, délégué général de l'IUMM de 1984 à 1994, se
déplaçait "tôt le matin, quand tout le personnel n'était pas arrivé". "Je lui remettais les fonds demandés qui étaient placés dans une enveloppe kraft". A chacun son style.
Emile Boursier, délégué général de 1968 à 1984, "me passait un coup de fil, se souvient Mme Ducouret, et me faisait comprendre par une phrase qui lui était propre,
je suis là , qu'il fallait que je lui apporte les fonds demandés". Délégué général depuis 1994, Denis Gautier-Sauvagnac, lui, faisait appeler sa secrétaire. Consciencieusement, la comptable
faisait établir un reçu, conservé chaque année jusqu'à l'approbation des comptes. Ensuite, "le service comptable avait l'ordre de détruire toutes les pièces comptables de
l'UIMM".
Savait-elle où allaient ces sommes? "J'ai toujours eu l'idée que ces fonds étaient destinés à des partis politiques, dit-elle benoîtement. Je n'ai jamais posé la question." Elle
n'ignorait pas, en revanche, qu'une petite partie du pactole servait à des compléments de rémunération en liquide, jusqu'à 2000 euros mensuels, pour des cadres de l'UIMM : "tout le monde
avait un jour touché une enveloppe." Un beau jour de 2000, Suzanne Ducouret a quand même pris sa retraite. Champagne et petits fours. Dominique Renaud lui succède. Les
bonnes habitudes ne se perdent pas. Sauf en septembre 2007, à la révélation de l'affaire, quand Dominique Renaud panique. A son bureau, elle sort la chemise contenant les reçus et les talons des
chèques. "J'avais sorti cette chemise, et je me posais la question de savoir si je détruisais ou si je ne détruisais pas, et finalement je les ai passés au broyeur. J'ai fait ça spontanément,
de ma propre initiative." Et tant pis pour la brigade financière.
"C'est le patron qui paye le verre" 10
000euros par an de frais de réception. A 60 ans, Dominique de Calan, l'ex-adjoint de Denis Gautier-Sauvagnac (dit DGS), recevait beaucoup à son domicile. D'où, selon lui, cette
somme débloquée par l'UIMM, en sus de ses notes de frais. "Quand nous sommes en déplacement en province, c'est le patron qui paye le verre , explique-t-il aux policiers. Je n'ai
jamais demandé une rallonge." DGS avait parlé de "régulation sociale" à propos des espèces prélevées sur les comptes de l'UIMM ? M.de Calan argumente : le "climat de lutte de
classes est nocif à l'économie de marché". Il faut donc "rapprocher l'entreprise de nos concitoyens". Et arroser tous azimuts : "Les associations, les partenaires sociaux, les
intellectuels, les médias, les pouvoirs publics bien évidemment…" Qui, précisément? "Denis Gautier-Sauvagnac les voyait en tête à tête, je ne peux donc répondre…" M. de Calan se
montre plus prolixe sur les 30 000 euros annuels affectés à ce que DGS appelle les "organismes en liaison avec la vie universitaire". "Ne connaissant pas du tout ces milieux, M.
Gautier-Sauvagnac m'a demandé si je pouvais remettre à des personnes qu'il me désignait ces sommes", explique M. de Calan. Il s'agissait aussi d'œuvrer "au rapprochement
école-entreprise". Les remises d'enveloppes, à "moins de dix organismes", avaient lieu entre décembre et mi-février, auprès "des représentants nationaux de ces
organismes".
"Mon erreur, c'est peut-être de m'être coulé dans le moule". Dès le début, le système de défense de DGS apparaît
clairement : assumer, seul, l'héritage d'une tradition. "Mon erreur, c'est peut-être de m'être coulé dans le moule", dit-il au juge Roger Le Loire. Pour autant, pas question de tout
raconter par le menu. "Ces versements ont été faits à des gens très honorables, liés à des organismes qui font partie de notre vie sociale, et je ne crois pas, très sincèrement, qu'il soit de
l'intérêt général de procéder à un grand déballage." Il avait prévu, assure-t-il, de mettre fin au système à l'automne 2007. "Non pas que je me posais tellement de problèmes de
légalité", dit-il. Mais, "je n'étais pas à l'aise avec ces mouvements d'argent, donc j'avais demandé à notre comptable de faire des provisions et que je procède d'ici mars 2009 à de
derniers versements pour solde de tout compte". D'où ces 2 400 000euros trouvés par les policiers dans un coffre de l'UIMM.
Et quid de cette note de M. de Calan, datée du 26 octobre 1995, suggérant de payer à mi-temps un attaché parlementaire auprès d'un député ou d'un groupe parlementaire? "Nous n'avons jamais
offert un attaché parlementaire à qui que ce soit", clame DGS. Mais, "oui, bien sûr", l'UIMM procédait à un lobbying parlementaire.
Et ces chèques émis en 2006 en faveur de FO – pour une somme de 14 284,65euros –, la CFDT ou encore la CGT ? "Je pense qu'il s'agit de
chèques relatifs à des frais de déplacement ou de restauration", déclare DGS. Un autre chèque est exhumé par les enquêteurs, pour une somme de 23000euros, en juillet 2006, au bénéfice de la
CFTC. "Cela correspond sûrement à une dépense parfaitement régulière de l'UIMM", veut croire DGS.
"Il était loin d'être idiot, il a compris ce dont il s'agissait…" François Ceyrac, 95 ans, est officiellement en retraite depuis trois ans. De sa
maison au Vésinet (Yvelines), propriété de l'UIMM, il a suivi attentivement l'enquête judiciaire. Il se sait concerné.
Ne perçoit-il pas 5 000 euros par mois en liquide, un complément de retraite attribué par l'UIMM ? C'est lui qui a créé l'EPIM, en 1972, "en solidarité face à l'agression", dit-il, pour décrire le contexte social tendu de
l'époque. A l'époque, il préside à la fois le CNPF, le syndicat des patrons, et l'UIMM. "J'ai lu qu'une partie des fonds recueillis par l'UIMM aurait servi à payer des syndicalistes, dit-il. Cela me paraît aberrant et inadmissible." Il assure tout de même qu'"il
y a toujours eu des retraits d'espèces", afin d'aider les entreprises adhérentes à l'EPIM. "Ces retraits d'espèces ne sont que des accidents de
route", conclut-il.
A 81 ans, Pierre Guillen, qui fut le délégué général de François Ceyrac, parlerait plus volontiers de "dépenses de rayonnement". Et il précise : "Ces fonds allaient en direction de
toutes les organisations qui pouvaient faire l'opinion : bureaux d'études, journalistes, sociologues… Ces fonds ne sont jamais allés à destination de politiques, cela n'aurait servi à rien."
En 1995, Pierre Guillen confie "les clés de la maison" à DGS. "Je l'ai informé effectivement de certaines pratiques, je lui ai communiqué les noms de certaines personnes, il était
loin d'être idiot, il a compris ce dont il s'agissait…"
"DGS n'a rien lâché, rien de rien, je l'ai expliqué au bureau…" En septembre 2007, lorsque l'affaire éclate, Laurence
Parisot, la patronne du Medef, saute sur l'occasion; les révélations sur la caisse noire lui permettent d'asseoir son pouvoir sur la forteresse UIMM. Elle n'a pas les faveurs des patrons de la
métallurgie, qui la prennent de haut. A-t-elle pour autant joué un rôle dans le déclenchement de la tempête judiciaire? Et était-elle au courant des retraits en espèces? A l'UIMM, on en est
persuadé.
Pour mieux comprendre les responsabilités éventuelles des uns et des autres, le juge Le Loire perquisitionne les bureaux de Mme Parisot au Medef, le 10avril. Il consulte les mémoires
des trois téléphones portables de Mme Parisot – un Blackberry, un iPhone et un Sony-Ericsson. Trois SMS lui semblent importants, au point de les consigner sur le PV de perquisition. Le
15juin 2007, soit trois mois avant que le parquet de Paris ne lance l'enquête judiciaire, à 21h42, Laurence Parisot écrit à "Cathy" : "Chère Cathy, je viens seulement d'entendre ton
message, stupéfaite… DGS n'a rien lâché, rien de rien, je l'ai expliqué au bureau. La mauvaise foi de certains est stupéfiante, je t'appelle demain pour t'en parler de vive voix." Rien ne
prouve que ce SMS soit lié à l'affaire, il pourrait s'agir de négociations tout autres. Le 26 septembre 2007, Mme Parisot envoie un SMS à 7h26 à Anne Méaux, grande prêtresse de la
communication dont elle est proche : "Urgent, Anne, lis le Fig-p11 une enquête de Tracfin sur DGS et l'UIMM, faut qu'on se parle ce matin." Dans ce Texto, elle paraît découvrir
l'affaire.
Enfin, ce troisième SMS, envoyé le 26 septembre à 17 h 04 à "C" : "Je vois DGS dans 5 min." Le juge place aussi sous scellés la messagerie informatique de Mme
Parisot, de même que les notes manuscrites rendant compte des réunions du bureau du Medef du 22 janvier et du 10 octobre 2007. Les documents sont en cours d'analyse.
"Nous avons pris en compte l'honorabilité de ce syndicat". D'autres questions assaillent les enquêteurs chargés de ce dossier très politique : quels chemins tortueux a empruntés ce dossier pour leur
parvenir ? Il aura fallu douze ans avant que la justice ne soit saisie de ces retraits d'espèces suspects, connus dès 1995. Pourquoi un tel délai ? Selon Henri Quintard, directeur de la sécurité financière à BNP
Paribas, DGS est contacté en 1995, puis en 1998, par un responsable de la BNP Paribas, qui s'alarme de l'importance des sommes prélevées sur les comptes de l'UIMM. Le patron de la métallurgie reçoit la visite d'une délégation de la banque, un rien embarrassée. La scène est rapportée par M. Quintard : "Ce dernier [DGS] aurait confirmé que les différentes instances de l'UIMM étaient parfaitement au fait des retraits d'espèces
effectués et de la destination qui leur était réservée." Un courrier de la banque, en date du 9septembre
1998, en fait foi.
Du côté de la banque Martin-Maurel, qui ne veut pas froisser l'UIMM, on se réfugie derrière "l'importance de cette institution et de la très grande qualité de ses dirigeants". La banque
assure que "le fonctionnement du compte était connu des membres du conseil de l'UIMM". En novembre 2005, la commission bancaire mise au fait des retraits d'espèces n'estime "pas
nécessaire d'étudier le dossier UIMM", explique Lucie Maurel-Aubert, une responsable de l'établissement.
Puisque personne ne s'alarme, les retraits d'espèces reprennent de plus belle. En 2004, Alain Bègue, chargé d'affaires chez BNP Paribas, se rend au siège de l'UIMM, où il rencontre
Bernard Adam, le directeur financier de l'association. "Il nous a fait une réponse en quatre points : C'est notre argent, on fait ce qu'on veut avec notre argent, nos comptes
sont certifiés par des commissaires aux comptes, l'argent est destiné aux œuvres sociales. " Le 5février 2004, la cellule antiblanchiment de BNP Paribas est enfin activée. Rien de tel chez
Martin-Maurel : "Nous avons pris en compte l'honorabilité de ce syndicat et de ses dirigeants, et ensuite nous n'avions pas de doutes quant à l'origine des fonds ainsi retirés",
argumente devant les policiers l'ex-directeur de la banque, Bernard Huart.
"Ma hiérarchie m'a demandé de conserver le dossier". Finalement, l'organisme antiblanchiment Tracfin ne reçoit que le 26 mai 2004 une déclaration de soupçon émanant de BNP Paribas. Il faudra attendre encore plus de trois ans, jusqu'au 18 septembre 2007, pour que le parquet de Paris soit saisi! "Le traitement réservé à ce dossier est tout à fait dans la norme", se défend devant les policiers François
Werner, le directeur de Tracfin. Il précise avoir relaté, dès octobre 2006, le contenu du dossier UIMM à
Gilles Grapinet, alors directeur de cabinet de Thierry Breton, au ministère des finances.
Le 26 mars 2007, M. Werner fait part à M. Grapinet – aujourd'hui directeur de la stratégie au Crédit agricole – de son intention de transmettre le dossier à la justice. Enfin, il revient le 11
septembre 2007 vers Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, pour l'informer de l'état de la procédure. "Au cours de ces
entretiens, dit M. Werner, mon interlocuteur ne m'a donné aucune instruction." Une semaine plus tard, l'affaire fera les gros titres des journaux.
La brigade financière demeure dubitative sur le déroulement réel de l'enquête initiale de Tracfin. Elle a d'ailleurs procédé à une perquisition dans les locaux de cet organisme qui dépend du
ministère de l'économie. Fin 2004, l'enquêteur affecté au dossier UIMM chez Tracfin, Philippe Virey, avait adressé une note résumant les retraits suspects. Cette note est parvenue à Jean-Marc
Maury, secrétaire général adjoint de l'organisme antiblanchiment. Pas de réponse. Puis l'enquêteur a reçu pour consigne de "continuer l'enquête". Une manière élégante d'enterrer un
dossier. M. Werner n'était pas en place au moment des faits. Mais, pour le directeur de Tracfin, "36 % des enquêtes durent plus d'un an (…). La sensibilité évidente de ce dossier exigeait des
précautions juridiques maximales".
Dans sa note, M. Virey se souvient pourtant avoir "listé les flux et les montants depuis 2000 ainsi que les explications du directeur financier de l'UIMM". Des enquêtes préliminaires ont
été ordonnées pour moins que cela. Mais M. Virey n'a jamais eu de retour de sa note. "Ma hiérarchie m'a demandé de conserver le dossier en cours d'enquête , j'ai donc actualisé les
flux." En clair, il a continué à comptabiliser les retraits suspects. Et c'est tout.
Près de trois ans plus tard, ses responsables lui demandent enfin de déterrer sa note, puis de l'actualiser. Après qu'elle a été signée par le directeur des enquêtes le 15 juin 2007, il
faut attendre trois mois de plus, pour que, le 13septembre, le magistrat détaché à Tracfin appose son paraphe final. Les autorités n'étaient plus à quelques semaines près. Le 18 septembre 2007,
trois pages de signalement finissent par atterrir sur le bureau de Jean-Claude Marin, le procureur de Paris.
Gérard Davet
Les caisses noires du
patronat
Source : Le Nouvel Observateur 15.05.08
L'affaire de l'UIMM a mis en lumière des pratiques stupéfiantes. Et si elle n'était que la face émergée de l'iceberg, comme le montre le livre «l'Argent noir des syndicats» dont nous publions des
extraits ? Attribution de voitures, rémunérations occultes, horaires allégés, licenciements à prix d'or... sont autant de petits arrangements pour acheter la «paix sociale» et discréditer un peu
plus les centrales, petites ou grandes. N'est-il pas temps d'ouvrir enfin le débat ?
On l'avait un peu oubliée, elle paraissait même archaïque, la belle et bonne
corruption à l'ancienne, celle des valises et des prébendes, des véreux et des chéquards, noyé que l'on était par le flot d'informations sur l'enrichissement personnel abusif, les
retraites-chapeau et les stock-options pharaoniques des patrons, avec une masse d'accusations et de condamnations bien plus tendance, comme celles d'abus de biens sociaux, de faux bilans, de
banqueroutes frauduleuses, de manipulations de cours, de délits d'initié, de travail dissimulé, d'escroqueries, etc. Et voilà que cette corruption basique nous est revenue en pleine figure, avec
cette affaire de l'Union des Industries des Métiers de la Métallurgie (UIMM), sidérante en elle-même par l'importance des sommes en jeu, par son côté anachronique et surtout par la mise en cause
de certains syndicats, derniers totems d'une société qui rejette ses élites et ses corps intermédiaires. S'agissant d'eux, ce que l'on découvre au fil de l'enquête et des controverses patronales
déchire le voile pudiquement jeté sur un ensemble de pratiques, plus diffuses et plus obliques, simultanément révélées dans un livre controversé, rédigé par un journaliste d'investigation et deux
anciens syndicalistes («l'Argent noir des syndicats», Fayard).
Ce livre, dont nous publions plus loin les bonnes feuilles (voir page 14), fourmille d'informations sur la façon dont les patrons, privés ou publics, ont pris la haute main sur les
syndicats, y compris les plus représentatifs. On savait qu'ils maniaient parfois durement le bâton; on apprend maintenant comment ils n'hésitaient pas à proposer la carotte. Souvent avec succès.
La thèse celle de SUD et des dissidents de la CFDT qui sous-tend ce livre est malheureusement sans nuance (voir l'article de Jacques Julliard p. 20) : selon les auteurs, ce n'est pas par
choix stratégique ou politique que les syndicats font leur aggiornamento mais ils trahissent leurs mandants en collaborant avec les patrons, tout simplement parce qu'ils sont achetés
!
Voilà une vilaine expression que n'emploiera jamais le très distingué Denis Gautier -Sauvagnac, châtelain, énarque, ex-président de l'UIMM, ex-numéro 2 du
Medef, orateur brillant, provocateur né, maniant le vocabulaire avec un art consommé de la litote. Lors de son premier interrogatoire devant les policiers de la brigade financière, éberlués, il
avait justifié les retraits de 19 millions d'euros d'argent liquide de l'agence de BNP Paribas et de l'antenne parisienne de la banque privée marseillaise Martin Maurel, toutes deux voisines du
siège de l'UIMM, avenue de Wagram, par le souci de «fluidifier le dialogue social». C'était assez, pour se mettre, croyait-il, sous la protection de la loi Waldeck-Rousseau de 1884 qui
garantit aux syndicats une opacité totale de leurs comptes et les protège de toute intrusion judiciaire. Lapparatchik patronal s'est comporté comme un véritable parrain du milieu : un pacte de
corruption ne se rompt pas devant le premier policier venu. Placé en garde à vue pendant quarante-huit heures, celui qui fut un négociateur aussi habile et cynique qu'infatigable avec les
syndicats n'a évidemment pas lâché un seul nom, ni montré du doigt une seule organisation. Pour donner le change tout en menaçant implicitement ceux qui seraient tentés de le lâcher il avait
laissé entendre qu'il pourrait être plus bavard si on lui présentait les noms des bénéficiaires. Ce n'était que de la poudre aux yeux, un stratagème pour gagner du temps : le 16 avril dernier,
devant le juge financier Roger Le Loire, «DGS» a déclaré : «Je n'ai jamais mentionné une organisation syndicale comme destinataire (...). Les procédures étaient très diverses, selon les cas,
mais je n'appelais jamais personne.» Façon délicate de dire qu'il se contentait de répondre aux sollicitations... Seule petite précision : le lubrificateur des relations sociales a affirmé
au juge que les versements en liquide avaient concerné, ces derniers temps, «entre cinq et dix» bénéficiaires. Dont il n'a, bien entendu, pas livré les noms. Devant ses pairs, le 12
octobre dernier, DGS avait cependant évoqué Force ouvrière en racontant comment, lorsqu'il avait pris ses fonctions en 1994, André Bergeron lui avait dit à mots couverts qu'ils «allaient se
revoir tous les mois» en précisant, devant son air surpris, que son prédécesseur, Pierre Guillen, n'allait pas tarder à le «mettre au courant». Vieille tradition : chacun sait que
FO a été créée à l'initiative de la CIA et financée par l'intermédiaire de l'UIMM, au lendemain de la guerre, pour contrer la CGT et contenir le communisme en France.
Le parrain du grand patronat, celui qui tirait les ficelles du Medef, joue en réalité sur du velours. Certes, après la découverte de «compléments de
rémunérations» versés en liquide à plusieurs salariés de l'UIMM et non déclarés au fisc le verrou de la loi Waldeck-Rousseau a partiellement sauté : il s'agit là de délits caractérisés
permettant aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations, même si l'UIMM a payé à l'Urssaf les cotisations sur les sommes dissimulées, auxquelles se sont ajoutées les pénalités légales.
Les enquêteurs disposaient d'un levier pour faire pression : en ne dévoilant pas le nom de ceux à qui il a personnellement versé 19 millions d'euros en liquide, entre 2000 et 2007, Denis
Gautier-Sauvagnac s'expose à ce que le fisc impute ces sommes sur ses revenus personnels, avec un redressement pharaonique à la clé. Pour déjouer cette menace, DGS, rompu aux négociations
difficiles, a obtenu de l'UIMM, en contrepartie de son départ et de son silence, la prise en charge de toutes les sommes qu'on pourrait lui réclamer, en plus d'une indemnité de départ de 1,5
million d'euros, accord approuvé le 20 décembre 2007 par le bureau de l'organisation patronale. Révélée par l'hebdomadaire «Marianne», cette transaction hors norme a été unanimement dénoncée, à
commencer par Laurence Parisot, revenue tout exprès de vacances pour fustiger de tels comportements. La guerre au sommet du patronat français, entre anciens et modernes (ou prétendus tels) était
déclarée.
Première conséquence de cette polémique : l'indemnité de départ de Gautier-Sauvagnac a été officiellement revue à la baisse. Mais, selon nos informations, cette révision ne serait que de pure
façade. DGS n'a pas rendu l'argent qui lui a été versé et n'est, semble-t-il, pas décidé à le faire. Les deux parties cherchent un habillage, à la fois légal et secret. De toute façon, les
éventuelles amendes et redressements fiscaux, ainsi que les frais d'avocat de l'ancien président resteront à la charge de l'UIMM.
Pendant des années, à l'instar de ses prédécesseurs, DGS a pu agir, sûr de son impunité. Comme si les manipulations d'argent liquide n'avaient pas été strictement encadrées depuis les années
1980. Comme si Tracfin, ce service du ministère des Finances chargé de traquer le blanchiment d'argent et la grande délinquance financière ne le concernait pas. Les sorties en liquide opérées au
grand jour par le président de l'UIMM ont été repérées très tôt en tout cas depuis 2004 par BNP-Paribas. «Tous les ans, nous avons prévenu Gautier-Sauvagnac que nous informions Tracfin de ses
retraits», nous avait confié, en privé, Baudoin Prot, président du directoire de BNP-Paribas. Toutes ces informations sont forcément remontées jusqu'aux ministres des Finances. Mais Thierry
Breton, pas plus que ses prédécesseurs, Hervé Gaymard et Nicolas Sarkozy, n'ont jugé utile de transmettre le dossier à la justice, ni même... de faire fuiter l'information. C'est Christine
Lagarde qui a rompu la loi du silence, avec l'aval de Sarkozy, élu président, qui a pu y voir un double avantage : en finir avec les archaïsmes patronaux d'un autre temps au profit des
rénovateurs du Medef, conduits par Laurence Parisot; donner un coup de pied dans la fourmilière syndicale, dont il souhaite la recomposition.
Mais en autorisant Tracfin à transmettre le dossier au parquet, Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde imaginaient-ils que serait révélée, un mois plus tard, l'existence d'une caisse noire de 600
millions d'euros ? Une somme qui, bien placée, génère en toute opacité des revenus annuels de plus de 25 millions par an. Selon les statuts de l'Entraide professionnelle des Industries des Métaux
(Epim), fondée en 1972 avec les cotisations volontaires de 0,1% de la masse salariale de 150 grosses entreprises, parmi lesquelles Peugeot, Citroën, Dassault, mais aussi Renault ou l'Aérospatiale
(alors nationalisées), celle-ci était en théorie destinée à «apporter un appui moral et matériel de l'ensemble de la profession aux entreprises qui subissent un conflit collectif du
travail».
Mais il apparaît clairement qu'elle visait tout autant à tuer dans l'oeuf les menaces de grève en corrompant les partenaires sociaux !
Ou bien à faire signer des accords par des syndicats minoritaires, qui seront ensuite appliqués par la CGT ou la CFDT. Une «prime à la signature» devant laquelle tout le
monde fermait jusque-là pudiquement les yeux. Nombreux sont ceux qui se souviennent aujourd'hui de certaines négociations difficiles au cours desquelles la CFTC ou
FO changeaient de position, après une suspension de séance et un aparté discret avec Denis Gautier-Sauvagnac.
En dépit de ces découvertes incroyables, l'enquête s'est poursuivie à un train de sénateur : le parquet a pris tout son temps pour confier le dossier à un juge qui n'est pas l'un des plus
pugnaces du pôle financier et il a fallu attendre près de quatre mois pour que, le 15 janvier, Denis Gautier-Sauvagnac soit mis en examen. Comme si l'affaire était trop dérangeante pour trop de
personnes pour être totalement mise à jour.
A cause des politiques ? Sans convaincre personne, DGS a affirmé qu'aucun élu n'était concerné par la caisse noire. Ce serait une nouveauté par rapport aux pratiques d'après-guerre, lorsque des
députés venaient toucher leurs enveloppes au Comité des forges, ou à la campagne de Valéry Giscard d'Estaing, en 1974, dont Yves Bertrand, ancien patron des RG, lui-même entendu par la justice, a
assuré dans un livre qu'elle avait été financée par l'UIMM. Cette organisation a soutenu d'autres candidats de droite en 1988, 1995 et en 2002. En 2007, l'organisation patronale aurait financé le
syndicat étudiant UNI, dont certains militants ont été utilisés pour la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Il est en outre de notoriété publique que, fort de ses nombreux juristes et
experts, l'UIMM dispose d'un groupe de députés et de sénateurs à sa botte. Ceux-ci votent les amendements qui leur sont suggérés, parfois entièrement rédigés sur du papier à en-tête de leur
assemblée...
Ce n'est cependant pas la corruption des politiques qui peut expliquer la prudence de la justice dans ce dossier, mais bien l'implication des syndicats. L'idée que la plus archaïque des
organisations patronales puisse financer les syndicats de salariés en donnant des enveloppes à leurs dirigeants est si choquante qu'elle a été longtemps refoulée. Sans doute Laurence Parisot
était-elle proche de la vérité lorsqu'elle a évoqué, au début de l'affaire, «ces secrets de famille dont on subodore l'existence mais que l'on n'ose aborder». Plus proche, en tout cas,
que lorsqu'elle s'est mise, plus tard, à jouer le rôle de la vierge effarouchée... Cette vérité oblige, en outre, à revisiter et à réévaluer le passé. «Selon mes informations, a déclaré
DGS devant le juge Roger Le Loire, les retraits en espèces étaient bien supérieurs dans les années précédant ma prise de fonction, en 1994.» Ce qu'ont confirmé ses prédécesseurs,
totalement solidaires. Certains se sont montrés relativement bavards, tel Yvon Gattaz, président du CNPF à l'époque où Peugeot, Citroën ou Simca s'appuyaient sur des syndicats maison, comme la
CFT et la CSL, avec leurs nervis, pour briser les grèves.
Aujourd'hui, l'idée généralement admise est que la corruption patronale touche les petits syndicats, à l'exception de la CGT et de la CFDT. Les réactions outragées de Bernard Thibault et de
Jacques Chérèque, qui contrastent avec celles, beaucoup plus timorées de FO, de la CFTC et de la CGC, confortent cette impression. Le mérite du
livre consacré à «l'argent noir des syndicats» est de nuancer ce point de vue en montrant qu'au-delà de la grande corruption il existe toute une panoplie de petits arrangements
attribution de téléphones portables ou de voitures, primes spéciales, rémunérations occultes, horaires allégés, embauche de parents ou d'amis, jusqu'aux licenciements à prix d'or visant les
délégués syndicaux, à la base, quelle que soit leur carte. Au niveau national, la mise sous tutelle des syndicats peut se résumer, selon les auteurs, au fait que le taux de syndiqués, de 25% dans
les années 1970, a été divisé par cinq aujourd'hui, alors que le nombre de permanents syndicaux a été multiplié d'autant. Un chapitre du livre se focalise sur la CGT-Construction, dont les 120
000 adhérents de 1974 faisaient vivre, grâce à leurs cotisations quatre permanents, à comparer avec les 15 000 adhérents de 2007 qui permettent d'entretenir 30 permanents salariés ! Personne
n'empêche apparemment la justice de faire son travail. Mais les juges reflètent l'attitude de la société civile, vindicative vis-à-vis des politiques et indulgente dès qu'il s'agit de la face
cachée des syndicats. C'est le cas du juge Jean-Marie d'Huy chargé, après une enquête préliminaire ouverte en mai 2003, d'instruire les malversations financières présumées au sein de la Caisse
centrale d'Activités sociales d'EDF-GDF, gérée de tout temps par la CGT, qui brasse 400 millions d'euros, emploie 3 700 salariés permanents et plus de 6 000 saisonniers. Depuis cinq ans, son
dossier est au point mort.
Les juges sont sans doute aussi rebutés par la difficulté de la tâche. Car, sans sombrer dans le cynisme, la corruption est partout : pour certains patrons, tout s'achète ou est susceptible de se
laisser acheter : les cadres, bien sûr, par les stock-options, mais aussi les politiques, les élus locaux, les journalistes, les analystes financiers, les magistrats et, évidemment, les
syndicalistes. Le livre rapporte les propos, tenus par Roger Poletti, ancien syndicaliste de FO-Transport, devant les caméras de France 2 : «Une fois, une entreprise m'a proposé une belle
voiture, en échange de quoi on me demandait de laisser tomber un délégué central dans cette même entreprise.»
«Avec des miettes de pouvoir et de considération, on peut acheter une grande partie des hommes», affirment les auteurs. Avec des espèces sonnantes et trébuchantes, plus encore. Pour la
justice, la plaie de la corruption est un délit difficile à identifier puisqu'il procède d'un pacte entre deux parties qui ont toutes deux intérêt à le garder secret. Au point que, selon certains
juristes, la meilleure solution pour l'éradiquer serait d'assurer l'impunité totale à la partie qui dénoncerait l'autre en premier : il n'y aurait ainsi plus aucune sécurité du pacte de
corruption !
Airy Routier
Le Nouvel Observateur 15.05.08
| Mars 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
Commentaires