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Merci à celles et ceux qui ont la gentillesse
de reprendre la lecture de ce blog politique.

Les échéances électorales sont évidemment importantes.
Mais elles sont peu devant l'immensité de l'effort nécessaire
de formation, de réflexion, de cohésion pour
reconstruire le parti des socialistes
sur une ligne clairement à gauche ! 
 

MEDEF

Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /2007 13:58


Délit d'initiés et vols en série du grand patronat ?


par Gérard Filoche


Voilà qu'il n'y aurait plus seulement Jean-Noël Forgeard mais tous les complices du coulage d'EADS seraient sur la sellette, selon l'AMF, 28 actionnaires dont Arnaud Lagardère, seraient responsables de connivence pour avoir vendu leurs actions en anticipant ainsi le 14 juin 2006 jour où EADS a vu ses actions en chute libre...
Ces gens qui osent ainsi mettre des dizaines de milliers de salariés sur la paille... donnent des leçons de morale à tout le monde...
 
Ainsi M. Gauthier-Sauvagnac, dirigeant de l’UIMM et du Medef, qui, sur toutes les tribunes, depuis des années, prône la fin du Smic, la fin des 35 h, la fin du Code du travail, la fin de la protection sociale collective, l’obligation de travailler plus, est accusé d’avoir pris 6 à 7 millions d’euro depuis l’an 2000 dans la caisse de sa propre organisation patronale...

Et c’est à gens-là que Sarkozy justifie de faire 15 milliards de cadeaux fiscaux sous prétexte qu’ils seraient capables de relancer l’économie ?

Ces gens-là sont indignes, indignes : quand on pense à la façon dont la justice aujourd’hui applique des peines planchers à des jeunes délinquants de banlieue,  et quand on mesure que ces ‘initiés” et voleurs membres du CAC 40 ne sont même pas mis immédiatement en détention préventive,  ne serait-ce que pour les empêcher de se concerter encore et de détruire les preuves qui les accusent..

Pendant ce temps-là, le pouvoir actuel ose s’en prendre aux légitimes régimes de retraite pour des métiers difficiles et pénibles... Et la Cour des comptes a récemment dénoncé le fait que les parachutes dorés et stocks option fasse perdre 3 milliard d’euro à la Sécurité sociale sans qu’aucune suite ne soit donnée à une telle révélation par l’activiste de l’Elysée...  

Gérard Filoche, D&S 148
Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF
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Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /2007 14:45

 



Défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance



Par Denis Kessler


Source
 : UFAL


Lien permanent vers cet article


Denis Kessler est de retour. L’ancien n° 2 et idéologue en chef du MEDEF au côté d’Ernest-Antoine Seillières de 1994 à 1998, apôtre du projet de “refondation sociale” d’alors, signe un éditorial dans le journal Challenge du 4 octobre 2007. Il éclaire avec le plus grand cynisme la cohérence globale du projet Sarkozy : liquider le modèle social construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la base des rapports de force issus de la Résistance et de la Libération. Il s’agit bien d’une contre-révolution. Bon à savoir pour mieux combattre !



ADIEU 1945, RACCROCHONS NOTRE PAYS AU MONDE ! 

Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. 

La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’«historiques» - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. 
Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun.
Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les «tabouise» en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. 

Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.

par Denis Kessler
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Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /2007 12:55

 

 


Le maître désormais contesté du patronat de la métallurgie



Source : Les Echos [ 16
/10/07 ]

Ancien haut fonctionnaire puis banquier, Denis Gautier-Sauvagnac est arrivé il y a quatorze ans à l
'UIMM
. Il a gagné ses galons de négociateur social du Medef au départ de Denis Kessler.
 
Lorsqu'il n'était « que » vice-président délégué général de l'UIMM, Denis Gautier-Sauvagnac s'offusquait quand les journaux le qualifiaient de numéro deux du patronat de la métallurgie. Même si l'organisation comptait, au-dessus de lui, un président en la personne de Daniel Dewavrin, il était en effet celui qui était à la manoeuvre. Cet inspecteur des finances, qui fut notamment directeur de cabinet de François Guillaume au ministère de l'Agriculture, entre 1986 et 1988, puis banquier avant d'arriver à l'UIMM en 1993, est devenu le numéro un officiel en cumulant, depuis le 15 mars, la présidence et la délégation générale de la fédération. Du jamais-vu.

Il est ainsi devenu, à la veille de ses soixante-quatre ans, le maître incontesté de la plus puissante organisation adhérant au Medef, dont il a cultivé les alliances syndicales historiques avec FO, la CFTC et la CGC, tout en trouvant aussi des accords au niveau interprofessionnel avec la CFDT, sur l
'assurance-chômage par exemple.


Présidence de l
'Unedic

Signe de sa puissance, Laurence Parisot, après son élection, avait bien dû se résoudre à composer avec lui. Il est ainsi resté le négociateur social du patronat, des galons acquis sous Ernest-Antoine Seillière, au départ de Denis Kessler du Medef, et confortés par un autre départ, celui de Guillaume Sarkozy. La présidente du Medef aurait aimé que Jean-René Buisson, chargé de la protection sociale, lui dame le pion. Sans succès. A un petit bémol près : Denis Gautier-Sauvagnac doit désormais compter, dans ses délégations, avec les représentants des services, jusqu
'alors quasiment absents.

Ce propriétaire d
'un petit château, qui a fait allonger son nom, jugeant sans doute Gautier trop commun, reste vice-président de l'Unedic, et il est censé en reprendre la présidence au 1er janvier, conformément à l'alternance qui prévaut avec la CFDT depuis 1994. Mais s'il conserve une partie de ses prérogatives de négociateur (lire ci-dessus), il devra composer avec une opposition croissante au sein même de sa fédération, où la crise commence à délier les langues.

L. DE C

Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /2007 13:00

 

 
 
L'UIMM est assise sur un trésor de plusieurs centaines de millions d'euros


Source : Les échos [ 16
/10/07 ]

Les retraits d
'argent de l'UIMM ont été effectués, selon nos informations, depuis plusieurs fonds de réserve, dont une caisse de solidarité « antigrève » créée en 1968, au portefeuille aujourd'hui évalué à 160 millions d'euros.
 
Depuis le début de l'affaire Gautier-Sauvagnac, c'est la destination des retraits d'argent de l'Union des industries et métiers de la métallurgie qui alimente la rumeur. Syndicats, hommes et partis politiques, salariés et retraités de la métallurgie... toutes les pistes sont examinées par les enquêteurs. En revanche, on savait jusqu'ici peu de chose de l'origine des millions d'euros sortis de différents comptes bancaires. Selon nos informations, l'UIMM pioche depuis des années dans plusieurs « fonds de réserve », dont l'existence doit être révélée dans prochains jours.


Résister aux syndicats

Le plus important d
'entre eux, baptisé « Epim », est une caisse de solidarité « antigrève » constituée après les événements de mai 1968 pour inciter financièrement les chefs d'entreprise à résister aux syndicats, en cas de conflit social. « Il s'agissait d'éviter la mollesse de certains patrons dans les négociations, de les encourager à la fermeté moyennant rétribution », raconte un ancien président du CNPF.

Inspirée du modèle suédois, l
'idée avait germé dans l'esprit d'Emile Boursier, à l'époque vice-président délégué général de l'UIMM, lequel en assura la gestion jusqu'en 1984 avant de passer le flambeau à Pierre Guillen, puis, dix ans plus tard, à Denis Gautier-Sauvagnac, avant que le système ne s'éteigne progressivement.

Concrètement, les entreprises versaient une cotisation spéciale à ce dispositif, de l
'ordre de 0,1 % de leur masse salariale, ce qui permit de constituer, au fil des ans, une belle cagnotte. A la fin des années 1990, il se disait dans l'entourage de Jean Gandois, puis d'Ernest-Antoine Seillière, que son montant atteignait 1 milliard de francs, soit un peu plus de 150 millions d'euros. Aujourd'hui, il s'agit d'un portefeuille dont la valeur de marché s'élève à 160 millions d'euros.


« Absolument rien d
'occulte »

Mais ce n
'est pas tout. La cagnotte de l'UIMM se compose d'autres fonds dont la valeur comptable se chiffre en centaines de millions d'euros supplémentaires. De quoi largement autoriser les retraits en cours d'examen par la brigade financière du parquet de Paris.

Dans une interview accordée au « Monde », l
'ancien président de l'UIMM Daniel Dewavrin a confirmé hier, à demi-mot, l'existence du système. « Au-delà de leurs cotisations normales », révèle-t-il, des adhérents volontaires « versaient d'autres cotisations, dûment déclarées - et pas en espèces - sur un compte bancaire ». Il affirme que les sommes en jeu n'ont « absolument rien d'occulte » et parle d'« environ 2 millions d'euros par an » de retraits. Ce qui, de source policière, pèse 24 à 32 kilos selon les coupures employées, et tient dans quatre attachés-cases. Les adhérents de l'UIMM n'ont pas fini d'être surpris de l'usage qui a été fait de leur obole !

G. D. ET D. S.

Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /2007 19:06


Quand l'UIMM cherche à fabriquer la loi
 

Source
: LE MONDE | 16.10.07 | 11h22  •  Mis à jour le 16.10.07 | 11h22
 

La puissante Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) dispose d'efficaces relais au Parlement. Ainsi peut-il arriver que des amendements "d'origine parlementaire" portent directement sa marque.
 
Parfois, le travail des services juridiques du Medef bénéficie d'une publicité imprévue. Ainsi, en octobre 2004, une semaine avant l'examen du projet de loi sur la cohésion sociale (concept cher à Denis Gautier-Sauvagnac, ndlr…), le gouvernement dépose une lettre rectificative redéfinissant les conditions du licenciement économique. Face à l'hostilité des syndicats, le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a renoncé à y faire figurer la notion de "sauvegarde de la compétitivité de l'entreprise". Au grand dam du Medef.
 
Le lundi 25 octobre, le rapporteur du projet de loi au Sénat, Alain Gournac (UMP, Yvelines), auditionne Denis Gautier-Sauvagnac. Son juriste tend au rapporteur une liasse de documents présentés sous une feuille de garde de la "direction des relations avec les pouvoirs publics" du Medef. Il s'agit de vingt-deux amendements prérédigés portant l'en-tête du Sénat, exposé des motifs compris, auxquels ne manque pour chacun d'entre eux que le ou les signataires.
 
Plusieurs d'entre eux réapparaîtront en séance, sous la signature de Marie-Thérèse Hermange (UMP, Paris) ou celles des sénateurs du Rassemblement démocratique social européen (RDSE) Jacques Pelletier, Aymeri de Montesquiou, Pierre Laffitte, Georges Mouly et Bernard Seillier. Le groupe communiste s'élève contre le "lobbying" exercé par le Medef et dénonce les "dévoués porte-parole" qui ont repris ses amendements. Ils sont rejetés.
 
 
RELAIS AU PARLEMENT
 
Le RDSE avait déjà été dépositaire d'un amendement, taillé sur mesure pour la métallurgie, voté en toute discrétion, dans la nuit du 17 au 18 décembre 2002, au projet de loi de modernisation sociale présenté par François Fillon. La loi du 17 janvier 2002 a porté à 10 % l'indemnité de précarité pour les salariés en contrat à durée déterminée.
 
L'amendement prévoit que, "en vue d'améliorer la formation des salariés en CDD, une convention ou un accord collectif de branche peut limiter ce versement à hauteur de 6 %". Il est adopté après avoir reçu l'avis favorable du rapporteur de la commission, M. Gournac, et du gouvernement. Un mois plus tard, il est entériné par un accord de branche.
 
Essentiellement composé de radicaux de droite et de gauche, le RDSE compte aujourd'hui 16 membres. Ses dernières journées parlementaires, les 5, 6 et 7 octobre, se tenaient en Corse, au Maquis, hôtel classé Châteaux et hôtels de France donnant sur la baie d'Ajaccio.
 
A l'occasion de la discussion du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2007, l'UIMM a usé de son influence pour faire barrage à une disposition prévoyant de mettre fin aux accords de mise à la retraite d'office des salariés de moins de soixante-cinq ans. Les accords déjà conclus – au nombre desquels figurait la métallurgie – auraient cessé de produire leurs effets à compter du 1erjanvier 2010.
En première lecture à l'Assemblée, Bruno Gilles (UMP, Bouches-du-Rhône), Dominique Tian (UMP, Bouches-du-Rhône) et Philippe Vitel (UMP, Var) déposent un amendement prolongeant les mesures d'exonération pour les départs en retraite anticipée décidés d'un commun accord entre le salarié et l'employeur. Il est adopté, malgré l'avis défavorable du gouvernement, représenté par Philippe Bas, ministre délégué à la Sécurité sociale. Alors que le gouvernement envisage une deuxième délibération, le président du groupe UMP, Bernard Accoyer, s'y oppose fermement.
 
Le Sénat supprime néanmoins les dispositions adoptées à l'initiative des députés. Le Medef fait le siège du gouvernement pour obtenir leur rétablissement. Lors du vote à l'Assemblée du texte de la commission mixte paritaire, le gouvernement introduit un nouvel amendement, reprenant les propositions auxquelles il s'était opposé en première lecture. L'UIMM a eu gain de cause.
 
Pour Yves Bur (UMP, Bas-Rhin), qui avait alors exprimé son opposition à ce revirement de dernière minute, il ne fait aucun doute que "l'amendement initial avait été porté par un certain nombre de collègues au nom des industries métallurgiques". "Le gouvernement a dû céder alors même qu'il y avait un débat contradictoire au sein du Medef", ajoute-t-il.
 
Selon M. Accoyer, "on est là dans un fonctionnement tout à fait habituel". "Il est normal que des représentants d'industries importantes alertent les parlementaires, surtout quand elles sont implantées dans leur circonscription, estime l'actuel président de l'Assemblée nationale. J'ai moi-même, dans mon département de Haute-Savoie, de nombreuses entreprises de la métallurgie. J'ai été averti par M. de Virville [membre du bureau de l'UIMM] que le dispositif du gouvernement télescopait la négociation avec les syndicats."
Rien que de très normal.
 
L'enchaînement des faits conduit pourtant à s'interroger sur les facilités dont dispose l'union patronale de la métallurgie pour trouver au sein du Parlement les relais par l'intermédiaire desquels ses positions peuvent être défendues.
 
Patrick Roger
 
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Mercredi 17 octobre 2007 3 17 /10 /2007 23:20



UIMM : un pilier du patronat qui vacille


Source
: Les Echos
 


Principale composante du patronat français, l
'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) est profondément ébranlée par les soupçons de détournement de fonds de l'« affaire Gautier-Sauvagnac ». L'épisode marque la fin d'une époque pour une confédération qui a longtemps constitué un véritable « État dans l'État » au sein du MEDEF.

« Triste », « curieux », « navrant », « lamentable », « humiliant », « épouvantable », « désastreux », « catastrophique »... L'affaire Gautier-Sauvagnac a suscité dans les milieux patronaux une avalanche de qualificatifs à la mesure du symbole que représente l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM), principale composante patronale en France. Un malaise d'autant plus fort que le scandale a éclaté le 26 septembre dans « Le Figaro », journal dont le propriétaire, Serge Dassault, dépend de la confédération de la métallurgie. Cette dernière est, en effet, soupçonnée de détournement de fonds pour avoir retiré au cours des 8 dernières années quelque 24 millions d'euros en liquide sur plusieurs de ses comptes en banque. Accusation à laquelle son président, Denis Gautier-Sauvagnac, oppose inlassablement un : « Le système existe depuis le Comité des forges de 1864, l'ancêtre de l'UIMM. » Il faut dire que la confédération de la métallurgie, fondée il y a 106 ans, ne rechigne jamais à convoquer l'Histoire avec un grand « H » pour imposer le respect. Sur son site Internet, elle fait remonter ses origines à 1789, en réaction à la Révolution qui avait « interdit toute coalition et toute association entre gens du même métier ». Aujourd'hui, les proches de celui que tout le monde appelle « DGS » conviennent de l'anachronisme et avouent tout bas que leur ami a toujours été « en décalage avec son époque ».
 


Denis Gautier-Sauvagnac est pourtant bel et bien à l
'image de son organisation, « bunkerisé » dans un siège parisien à la façade évidemment métallique, à deux pas de l'arc de triomphe. Adversaire notoire de Laurence Parisot dès que celle-ci a brigué la présidence du MEDEF, en 2005, cette figure patronale atypique n'a pas hésité, un an plus tard, à prendre une revanche en se faisant coopter à la tête de l'UIMM, sans abandonner son titre de délégué général. Du jamais-vu dans une maison pourtant déjà habituée à être dirigée par des hommes d'appareil, comme Pierre Guillen, plutôt que par des chefs d'entreprise. Aussi la révélation selon laquelle, depuis des années, une collaboratrice allait chercher des valises de billets en échange de chèques, marque-t-elle « un tournant historique », affirment les branches concurrentes. Quand on demande à Georges Drouin, le patron du Groupement des professions de services au MEDEF, si c'est la fin d'une époque, il rétorque : « La réponse est dans la question. » Et, pas plus tard qu'hier, Laurence Parisot a évoqué « la naissance d'une nouvelle ère ».
 
L'affaiblissement de l'UIMM est pourtant plus ancien. Premier signe au début des années 1990, au moment où les politiques font leur mea culpa et votent des lois sur le financement des partis. « A l'époque, le président du CNPF, François Périgot, a commencé à faire le ménage dans les comptes, se souvient un ancien collaborateur, mais l'UIMM a refusé de suivre. » Deuxième signe en 1998, lorsque Ernest-Antoine Seillière décide, avec Denis Kessler, de transformer le CNPF en MEDEF. Des statuts modernisés, une organisation territoriale redéployée... Si l'UIMM soutient la transformation, « elle continue imperturbablement à fonctionner sur le modèle du CNPF », explique un ex-permanent. Troisième signe, en 2005, avec l'élection de Laurence Parisot. L'UIMM échoue à imposer ses vues. Et, grande première, le patronat se choisit un leader issu des services, avec le renfort de plusieurs fédérations industrielles comme l'agroalimentaire et le bâtiment ou, plus grave pour l'UIMM, l'automobile et l'aéronautique, 2 de ses propres adhérents, et non des moindres !


Car, contrairement aux idées reçues, la métallurgie dépasse très largement les frontières de la sidérurgie
. Elle rassemble en réalité des familles aussi disparates que le nucléaire, la construction navale, l
'électronique, les équipements ferroviaires et, depuis peu, la plasturgie. « Des familles qui gardent jalousement leur indépendance », relève Yvon Jacob, président de la Fédération de la mécanique. D'où le changement de signification du sigle UIMM, passé, pour élargir son champ d'action, d' « industries métallurgiques et minières » à « industries et métiers de la métallurgie ». D'où, également, l'extrême complexité de ses circuits de financement. Un vrai mille-feuille : les entreprises cotisent à leurs fédérations, lesquelles cotisent à leur tour, pour moitié à l'UIMM au titre de la gestion de leurs affaires sociales, et pour moitié au MEDEF, qui oeuvre dans le domaine économique. L'UIMM, elle aussi, cotise au MEDEF.
 


Un tel schéma permet de ratisser large et d
'
assurer, sinon une légitimité, du moins un semblant de représentativité. Mais il ne dit pas l'usage qui est fait des cotisations de la métallurgie. Si beaucoup de MEDEF territoriaux se retrouvent « sous la tente à oxygène de l'UIMM », selon l'expression d'Hugues-Arnaud Mayer, en charge des territoires auprès de Laurence Parisot, c'est un secret de polichinelle dans l'univers patronal que l'UIMM finance aussi « une pierre dans le jardin du MEDEF », autrement dit la CGPME, rappelle un expert du sujet. Selon une plaisanterie bien connue, « le plus gros adhérent de la CGPME, c'est Renault »... un membre influent de l'UIMM. Pour preuve, l'un des principaux décideurs au sein de l'organisation de Jean-François Roubaud n'est autre que Dominique de Calan, le numéro 2 de l'UIMM.


Autres destinataires des fonds de la métallurgie, et non des moindres, sur lesquels l
'affaire Gautier-Sauvagnac commence à lever le voile : les syndicats. « DGS » a toujours dit qu'il lui revenait de « fluidifier le dialogue social ». Une vieille tradition. C'est à l'éclatement de la CGT, en 1947, que « l'UIMM a pris l'habitude d'aider ceux qui désirent, contre l'internationale communiste, avancer dans la réforme, c'est-à-dire FO, la CFTC et la CGC », lâche un proche. Pour ce faire, l'UIMM pioche dans un trésor de guerre de plusieurs centaines de millions d'euros, dont un fonds « anti-grève » mis en place par ses soins après mai 1968. Alimentée par des cotisations spécifiques des entreprises, cette caisse était destinée à soutenir financièrement les chefs d'entreprise confrontés à des occupations d'usine, mais elle a prospéré au-delà des espérances.
 


Pour imposer la transparence, Laurence Parisot va devoir jouer serré.
Car il lui faut faire taire la rumeur selon laquelle « DGS » serait victime d
'un complot du MEDEF. Michel Pébereau a beau être un ancien camarade de promotion de « DGS » à l'ENA, il est un soutien majeur de la patronne des patrons et préside BNP Paribas, la banque de l'UIMM qui a alerté la première les enquêteurs sur « l'affaire ». Laurence Parisot sait de surcroît combien la métallurgie a encore de beaux jours devant elle, avec ses 45.000 entreprises adhérentes et sa quinzaine de millions d'euros de budget annuel. Sans parler d'un savoir-faire inégalé. « Notre mission, c'est la régulation sociale », souligne Dominique de Calan, qui revendique, au nom de la confédération, l'invention du cumul emploi-retraite, du compte épargne temps, de l'association de garantie des salaires, du régime des intermittents et du premier accord de branche dérogeant aux 35 heures. Le temps où François Périgot parlait de l'UIMM comme de sa « résidence principale » est révolu. Mais, en 2003 encore, Ernest-Antoine Seillière a bien été obligé d'appeler à la rescousse son ancienne maison - dont Wendel est l'une des grandes figures - pour finir de payer le nouveau siège du MEDEF. Et d'autres ont gardé des souvenirs cuisants, tel Jean Gandois, qui découvrit en juillet 1995 que l'UIMM avait « convaincu » plusieurs députés de droite de vider de sa substance l'accord du CNPF sur la formation professionnelle. Ou tel Yvon Gattaz, qui faillit être victime d'un putsch orchestré par la métallurgie en 1986 et réclame aujourd'hui solennellement au gouvernement de changer la loi sur le financement des organisations patronales et syndicales. Pour, pense-t-il, « en finir avec la massification décérébrante du XIXe siècle ».

Les dirigeants de l'UIMM depuis 1968 :
Présidents :
1968-1970 : François Ceyrac.
1970-1971 : Marcel Petiet.
1971-1973 : François Ceyrac.
1973-1983 : Georges Ferrand et Jean Cantenot, en alternance.
1983-1985 : Georges Ferrand.
1985-1992 : Jean d
'Huart et Arnaud Leenhardt, en alternance.
1992-1999 : Arnaud Leenhardt.
1999-2006 : Daniel Dewavrin.
Depuis 2006 : Denis Gautier-Sauvagnac.
Vice-présidents délégués généraux :
1968-1984 : Émile Boursier.
1984-1994 : Pierre Guillen.
1994-2006 : Denis Gautier-Sauvagnac.
Depuis 2006 : poste non pourvu.
Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /2007 12:40



 UiMM : à  quand l'enquête judiciaire ? 600 millions d'euro !


Communiqué
d’Alain
Vidalies, Secrétaire national aux Entreprises


 

UIMM : une instruction judiciaire pour faire toute la lumière
 


Depuis plusieurs semaines, la presse accorde un large écho aux soupçons de détournement de fonds issus des comptes de l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie. Les faits sont reconnus et publics : l’UIMM, principale organisation patronale, détient une caisse noire de 600 millions d'euros, dans laquelle des prélèvements en liquide de 20 millions d'euros ont été réalisés ces quatre dernières années.
 
Les déclarations de l'actuel et des anciens responsables de cette fédération mettent en cause pêle-mêle leurs propres salariés et les organisations syndicales. Ils laissent ainsi entendre que ces détournements de fonds alimentaient la corruption et une caisse de solidarité opaque contre les mouvements de grève.
 
Le Parti socialiste regrette que, face à des accusations d’une telle gravité, le gouvernement soit resté silencieux. La gravité des accusations portées et l'importance des sommes détournées imposaient au contraire de faire toute la lumière sur l'origine et la destination de ces fonds.
 
Le Parti socialiste demande au gouvernement d’ouvrir une instruction judiciaire dans le dossier de la caisse noire de l’UIMM. À défaut, les députés socialistes déposeront une résolution pour la création d'une commission d'enquête parlementaire.

Paris, le 31 octobre 2007 


Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /2007 01:11


...et l'argent liquide anti code du travail, ca lui fait pas honte ?


par Gérard Filoche


J
+59 : 59 jours que l’enquête judiciaire UIMM-Medef devrait etre ouverte
“Laurence Parisot (Medef) préconise de supprimer la durée légale du travail” cf ci dessous La Tribune

Et les 600 millions d’euros liquide qu’est ce qu’elle en fait pendant ce temps là ? Elle va payer avec, les députés pour qu’ils votent cela ?



Comment cette femme et sa bande organisée qui trafique 2 millions de caisse noire anti grève, d’argent “sale” comme elle le reconnaît, 

Pourquoi ne sont ils pas sous examen et en préventive pour les empêcher de continuer à nuire, à trafiquer, a corrompre, à blanchir leurs fonds,

Voilà Mme Parisot qui continue, sans gêne, sans honte, à prendre la parole,  qui veut détruire un siècle d’histoire sociale,

Même en Corée du sud, ils sont passés d’une durée légale du travail de 55 h à 40 h dans les dernières 25 années de lutte

Elle veut supprimer toute durée légale du travail, donc tout Smic qui y est lié, toute grille salariale qui y est liée, toute notion de temps partiel, qui y est liée, toutes les heures supplémentaires qui y sont liées...
Il y a une durée légale du travail dans la majorité des pays de l’UE 27

En France depuis le rapport du Dr Willermé en 1848, on est passés de la journée de 14 h à 12 h à 10 h, la conquête des 3 X 8 et les 40 h en 36, les 39 h 82, les 35 h en 2002... On a diminué la durée du travail, augmenté la productivité, et augmenté les salaires? Tout en 70 ans, pourquoi reculer alors que la France est si riche et les salaires si bas...


Celle qui paie ses locaux sur le compte de la médecine du travail (lire le Canard enchaîné de mercredi 21) (sans que toute la presse de ce pays ne crie au scandale)

Celle qui ne veut plus d’état de droit dans l’entreprise.. 

Mais dans quelle république bananière sommes-nous ?

Cela fait J + 59 jours que l’enquête préliminaire est publique et Mme Dati n’a toujours pas ouvert d’enquête judiciaire envers  Mme Parisot, Gautier-Sauvagnac et leurs complices qui “savaient beaucoup inconsciemment”, se sentent “salis” mais ne font décidément rien pour se laver... 



 
Laurence Parisot (Medef) préconise de supprimer la durée légale du travail


Source : La Tribune.fr -


La présidente du Medef reconnaît la réalité du problème du pouvoir d'achat. Et propose de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail.


Alors que Nicolas Sarkozy devrait intervenir très bientôt sur le thème du pouvoir d'achat, argument fort de sa campagne présidentielle, Laurence Parisot, présidente du Medef, a reconnu ce mercredi que ce problème de pouvoir d'achat était réel. "C'est vrai qu'il y a un problème de pouvoir d'achat (...) c'est un ressenti totalement objectif", a-t-elle jugé devant l'Association des journalistes économiques et financiers.


Pour Laurence Parisot, "le pouvoir d'achat est une résultante d'une croissance au niveau minimum". "Donc, la vraie question n'est pas: 'comment je contribue à ce qu'il y ait plus de pouvoir d'achat?', mais: 'comment je contribue à ce qu'il y ait plus de croissance?' ", a-t-elle exposé.
"Pour moi, il y a deux axes principaux à travailler: comment on fait pour baisser les prélèvements obligatoires sur les entreprises, c'est prioritaire, et deuxième chose, n'est-il pas temps d'aller plus loin sur la question de la durée du travail?".


"Je me demande s'il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail", s'est-elle interrogée publiquement
. "Tout le monde voyait bien que le mécanisme des heures supplémentaires n'est pas suffisant". Les dispositifs permettant déjà aux entreprises de travailler au-delà de 35 heures par semaine sont "rébarbatifs" et l'utilisation du contingent d'heures supplémentaires autorisées (220 heures/an) est "très lourd car il supposait des négociations de branche", a-t-elle ajouté.


"Ma préconisation, c'est de rendre les choses beaucoup plus simples en balayant tous ces mécanismes très complexes, et en revenant à la détermination du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, branche par branche, ou entreprise par entreprise", a-t-elle poursuivi.


Laurence Parisot a indiqué par ailleurs ne pas savoir ce que le président de la République pourrait annoncer de manière imminente pour le pouvoir d'achat. "Je sais autour de quoi certains ministres réfléchissent depuis quelques temps et la question de la durée du travail est un axe de réflexion", a-t-elle dit.



Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /2008 23:19



Ce qu'ont dit les protagonistes



LE MONDE | 15.05.08 | 13h27  - 
Article paru dans l'édition du 16.05.08


Où sont allés les 21 millions d'euros sortis des caisses de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) entre 2000 et 2007 ?

Pourquoi la puissante organisation patronale a-t-elle distribué des liasses de billets retirées des coffres de ses banques ?

Pourquoi la justice a-t-elle tant tardé à s'intéresser à de si importants mouvements de fonds occultes ?

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Le Monde a eu accès au dossier judiciaire de l'affaire et aux procès-verbaux d'audition des principaux acteurs : Denis Gautier-Sauvagnac, l'ancien président de l'UIMM, Laurence Parisot, son adversaire, la présidente du Medef, et les différents intermédiaires qui ont "porté les valises". Une plongée révélatrice dans les secrets du patronat.

 
A qui étaient destinés les 21 344 691euros prélevés, par liasses de billets de 100 euros, sur les "comptes spéciaux" de l'UIMM de 2000 à 2007 ?
Pourquoi l'enquête judiciaire pour abus de confiance a-t-elle démarré en septembre 2007, par un signalement de l'organisme antiblanchiment Tracfin, alors que les retraits suspects étaient connus des banques depuis 1995 ?


En huit mois d'enquête, la brigade financière a découvert les curieux atermoiements.
Mais elle n'a pu identifier ceux qui ont préféré étouffer l'affaire. Il a fallu neuf ans à la BNP Paribas, qui détenait avec la banque Martin-Morel les comptes de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), pour saisir Tracfin, trois ans aux enquêteurs financiers pour se décider à saisir la justice.
Un délai étonnamment long qui laisse deviner l'embarras des pouvoirs publics.

Perquisitions au Medef et à Tracfin, auditions, sur fond de sourdes rivalités entre Laurence Parisot, la patronne des patrons, et Denis Gautier-Sauvagnac, l'ex-président de l'UIMM, et de pratiques occultes ancestrales…, l'enquête sur n'a pas encore livré tous ses secrets. Les syndicats sont implicitement désignés par les responsables de l'UIMM comme étant les principaux destinataires de ces fonds secrets. Le Monde a pris connaissance du dossier judiciaire et livre, à travers les déclarations des principaux intervenants recueillies sur procès-verbal, le récit d'une enquête hors normes.
 

"Les billets sentaient le moisi"
. Suzanne Ducouret, 67ans, a été chef comptable de l'UIMM pendant vingt-trois ans. Autant dire qu'elle connaît la maison et ses arcanes. Interrogée par les policiers, en octobre 2007, elle ne feint pas la surprise. "Quand j'ai pris mes fonctions de chef comptable, en 1977, ces pratiques existaient déjà, se souvient-elle. Tout membre entrant au service comptable était fatalement mis au courant." Elle se remémore quelques scènes cocasses. Comme l'irruption régulière de Michel G., délégué régional de l'UIMM. Il remettait "des valises contenant des espèces, toujours en billets de 500 francs, sans nous dire d'où ça venait (…). Je me rappelle qu'une fois les billets sentaient le moisi. Ils avaient dû séjourner un long moment dans un endroit humide".


L'Entraide professionnelle des industries des métaux (EPIM), créée en 1972, sert déjà de pompe à finances à l'UIMM. Elle encaisse les cotisations des entreprises du secteur. En 2007, elle se retrouve à la tête d'un patrimoine financier dépassant les 600 millions d'euros. L'argent, collecté et versé sur le compte de l'EPIM, ressort pour être versé sur les comptes "spéciaux" de l'UIMM, d'où sont retirées les sommes en espèces. Un circuit occulte parfaitement huilé. C'est Suzanne Ducouret qui assure le transport final des fonds au siège de l'UIMM, "avec le même sac à main qui était dédié à cela". Puis elle attend le coup de fil de sa hiérarchie.
 

"J'ai toujours eu l'idée que ces fonds étaient destinés à des partis politiques".
Selon Mme Ducouret, Pierre Guillen, délégué général de l'IUMM de 1984 à 1994, se déplaçait "tôt le matin, quand tout le personnel n'était pas arrivé". "Je lui remettais les fonds demandés qui étaient placés dans une enveloppe kraft". A chacun son style. Emile Boursier, délégué général de 1968 à 1984, "me passait un coup de fil, se souvient Mme Ducouret, et me faisait comprendre par une phrase qui lui était propre, je suis là , qu'il fallait que je lui apporte les fonds demandés". Délégué général depuis 1994, Denis Gautier-Sauvagnac, lui, faisait appeler sa secrétaire. Consciencieusement, la comptable faisait établir un reçu, conservé chaque année jusqu'à l'approbation des comptes. Ensuite, "le service comptable avait l'ordre de détruire toutes les pièces comptables de l'UIMM".


Savait-elle où allaient ces sommes? "J'ai toujours eu l'idée que ces fonds étaient destinés à des partis politiques, dit-elle benoîtement. Je n'ai jamais posé la question." Elle n'ignorait pas, en revanche, qu'une petite partie du pactole servait à des compléments de rémunération en liquide, jusqu'à 2000 euros mensuels, pour des cadres de l'UIMM : "tout le monde avait un jour touché une enveloppe." Un beau jour de 2000, Suzanne Ducouret a quand même pris sa retraite. Champagne et petits fours. Dominique Renaud lui succède. Les bonnes habitudes ne se perdent pas. Sauf en septembre 2007, à la révélation de l'affaire, quand Dominique Renaud panique. A son bureau, elle sort la chemise contenant les reçus et les talons des chèques. "J'avais sorti cette chemise, et je me posais la question de savoir si je détruisais ou si je ne détruisais pas, et finalement je les ai passés au broyeur. J'ai fait ça spontanément, de ma propre initiative." Et tant pis pour la brigade financière.


"C'est le patron qui paye le verre"
10 000euros par an de frais de réception. A 60 ans, Dominique de Calan, l'ex-adjoint de Denis Gautier-Sauvagnac (dit DGS), recevait beaucoup à son domicile. D'où, selon lui, cette somme débloquée par l'UIMM, en sus de ses notes de frais. "Quand nous sommes en déplacement en province, c'est le patron qui paye le verre , explique-t-il aux policiers. Je n'ai jamais demandé une rallonge." DGS avait parlé de "régulation sociale" à propos des espèces prélevées sur les comptes de l'UIMM ? M.de Calan argumente : le "climat de lutte de classes est nocif à l'économie de marché". Il faut donc "rapprocher l'entreprise de nos concitoyens". Et arroser tous azimuts : "Les associations, les partenaires sociaux, les intellectuels, les médias, les pouvoirs publics bien évidemment…" Qui, précisément? "Denis Gautier-Sauvagnac les voyait en tête à tête, je ne peux donc répondre…" M. de Calan se montre plus prolixe sur les 30 000 euros annuels affectés à ce que DGS appelle les "organismes en liaison avec la vie universitaire". "Ne connaissant pas du tout ces milieux, M. Gautier-Sauvagnac m'a demandé si je pouvais remettre à des personnes qu'il me désignait ces sommes", explique M. de Calan. Il s'agissait aussi d'œuvrer "au rapprochement école-entreprise". Les remises d'enveloppes, à "moins de dix organismes", avaient lieu entre décembre et mi-février, auprès "des représentants nationaux de ces organismes".


"Mon erreur, c'est peut-être de m'être coulé dans le moule".
Dès le début, le système de défense de DGS apparaît clairement : assumer, seul, l'héritage d'une tradition. "Mon erreur, c'est peut-être de m'être coulé dans le moule", dit-il au juge Roger Le Loire. Pour autant, pas question de tout raconter par le menu. "Ces versements ont été faits à des gens très honorables, liés à des organismes qui font partie de notre vie sociale, et je ne crois pas, très sincèrement, qu'il soit de l'intérêt général de procéder à un grand déballage." Il avait prévu, assure-t-il, de mettre fin au système à l'automne 2007. "Non pas que je me posais tellement de problèmes de légalité", dit-il. Mais, "je n'étais pas à l'aise avec ces mouvements d'argent, donc j'avais demandé à notre comptable de faire des provisions et que je procède d'ici mars 2009 à de derniers versements pour solde de tout compte". D'où ces 2 400 000euros trouvés par les policiers dans un coffre de l'UIMM.


Et quid de cette note de M. de Calan, datée du 26 octobre 1995, suggérant de payer à mi-temps un attaché parlementaire auprès d'un député ou d'un groupe parlementaire? "Nous n'avons jamais offert un attaché parlementaire à qui que ce soit", clame DGS. Mais, "oui, bien sûr", l'UIMM procédait à un lobbying parlementaire.


Et ces chèques émis en 2006 en faveur de FO – pour une somme de 14 284,65euros –, la CFDT ou encore la CGT ? "Je pense qu'il s'agit de chèques relatifs à des frais de déplacement ou de restauration", déclare DGS. Un autre chèque est exhumé par les enquêteurs, pour une somme de 23000euros, en juillet 2006, au bénéfice de la CFTC. "Cela correspond sûrement à une dépense parfaitement régulière de l'UIMM", veut croire DGS.


"Il était loin d'être idiot, il a compris ce dont il s'agissait…"
François Ceyrac, 95 ans, est officiellement en retraite depuis trois ans. De sa maison au Vésinet (Yvelines), propriété de l'UIMM, il a suivi attentivement l'enquête judiciaire. Il se sait concerné. Ne perçoit-il pas 5 000 euros par mois en liquide, un complément de retraite attribué par l'UIMM ? C'est lui qui a créé l'EPIM, en 1972, "en solidarité face à l'agression", dit-il, pour décrire le contexte social tendu de l'époque. A l'époque, il préside à la fois le CNPF, le syndicat des patrons, et l'UIMM. "J'ai lu qu'une partie des fonds recueillis par l'UIMM aurait servi à payer des syndicalistes, dit-il. Cela me paraît aberrant et inadmissible." Il assure tout de même qu'"il y a toujours eu des retraits d'espèces", afin d'aider les entreprises adhérentes à l'EPIM. "Ces retraits d'espèces ne sont que des accidents de route", conclut-il.


A 81 ans, Pierre Guillen, qui fut le délégué général de François Ceyrac, parlerait plus volontiers de "dépenses de rayonnement". Et il précise : "Ces fonds allaient en direction de toutes les organisations qui pouvaient faire l'opinion : bureaux d'études, journalistes, sociologues… Ces fonds ne sont jamais allés à destination de politiques, cela n'aurait servi à rien." En 1995, Pierre Guillen confie "les clés de la maison" à DGS. "Je l'ai informé effectivement de certaines pratiques, je lui ai communiqué les noms de certaines personnes, il était loin d'être idiot, il a compris ce dont il s'agissait…"



"DGS n'a rien lâché, rien de rien, je l'ai expliqué au bureau…"
En septembre 2007, lorsque l'affaire éclate, Laurence Parisot, la patronne du Medef, saute sur l'occasion; les révélations sur la caisse noire lui permettent d'asseoir son pouvoir sur la forteresse UIMM. Elle n'a pas les faveurs des patrons de la métallurgie, qui la prennent de haut. A-t-elle pour autant joué un rôle dans le déclenchement de la tempête judiciaire? Et était-elle au courant des retraits en espèces? A l'UIMM, on en est persuadé.


Pour mieux comprendre les responsabilités éventuelles des uns et des autres, le juge Le Loire perquisitionne les bureaux de Mme Parisot au Medef, le 10avril. Il consulte les mémoires des trois téléphones portables de Mme Parisot – un Blackberry, un iPhone et un Sony-Ericsson. Trois SMS lui semblent importants, au point de les consigner sur le PV de perquisition. Le 15juin 2007, soit trois mois avant que le parquet de Paris ne lance l'enquête judiciaire, à 21h42, Laurence Parisot écrit à "Cathy" : "Chère Cathy, je viens seulement d'entendre ton message, stupéfaite… DGS n'a rien lâché, rien de rien, je l'ai expliqué au bureau. La mauvaise foi de certains est stupéfiante, je t'appelle demain pour t'en parler de vive voix." Rien ne prouve que ce SMS soit lié à l'affaire, il pourrait s'agir de négociations tout autres. Le 26 septembre 2007, Mme Parisot envoie un SMS à 7h26 à Anne Méaux, grande prêtresse de la communication dont elle est proche : "Urgent, Anne, lis le Fig-p11 une enquête de Tracfin sur DGS et l'UIMM, faut qu'on se parle ce matin." Dans ce Texto, elle paraît découvrir l'affaire.


Enfin, ce troisième SMS, envoyé le 26 septembre à 17 h 04 à "C" : "Je vois DGS dans 5 min." Le juge place aussi sous scellés la messagerie informatique de Mme Parisot, de même que les notes manuscrites rendant compte des réunions du bureau du Medef du 22 janvier et du 10 octobre 2007. Les documents sont en cours d'analyse.


"Nous avons pris en compte l'honorabilité de ce syndicat".
D'autres questions assaillent les enquêteurs chargés de ce dossier très politique : quels chemins tortueux a empruntés ce dossier pour leur parvenir ? Il aura fallu douze ans avant que la justice ne soit saisie de ces retraits d'espèces suspects, connus dès 1995. Pourquoi un tel délai ? Selon Henri Quintard, directeur de la sécurité financière à BNP Paribas, DGS est contacté en 1995, puis en 1998, par un responsable de la BNP Paribas, qui s'alarme de l'importance des sommes prélevées sur les comptes de l'UIMM. Le patron de la métallurgie reçoit la visite d'une délégation de la banque, un rien embarrassée. La scène est rapportée par M. Quintard : "Ce dernier [DGS] aurait confirmé que les différentes instances de l'UIMM étaient parfaitement au fait des retraits d'espèces effectués et de la destination qui leur était réservée." Un courrier de la banque, en date du 9septembre 1998, en fait foi.


Du côté de la banque Martin-Maurel, qui ne veut pas froisser l'UIMM, on se réfugie derrière "l'importance de cette institution et de la très grande qualité de ses dirigeants". La banque assure que "le fonctionnement du compte était connu des membres du conseil de l'UIMM". En novembre 2005, la commission bancaire mise au fait des retraits d'espèces n'estime "pas nécessaire d'étudier le dossier UIMM", explique Lucie Maurel-Aubert, une responsable de l'établissement.


Puisque personne ne s'alarme, les retraits d'espèces reprennent de plus belle. En 2004, Alain Bègue, chargé d'affaires chez BNP Paribas, se rend au siège de l'UIMM, où il rencontre Bernard Adam, le directeur financier de l'association. "Il nous a fait une réponse en quatre points : C'est notre argent, on fait ce qu'on veut avec notre argent, nos comptes sont certifiés par des commissaires aux comptes, l'argent est destiné aux œuvres sociales. " Le 5février 2004, la cellule antiblanchiment de BNP Paribas est enfin activée. Rien de tel chez Martin-Maurel : "Nous avons pris en compte l'honorabilité de ce syndicat et de ses dirigeants, et ensuite nous n'avions pas de doutes quant à l'origine des fonds ainsi retirés", argumente devant les policiers l'ex-directeur de la banque, Bernard Huart.


"Ma hiérarchie m'a demandé de conserver le dossier".
Finalement, l'organisme antiblanchiment Tracfin ne reçoit que le 26 mai 2004 une déclaration de soupçon émanant de BNP Paribas. Il faudra attendre encore plus de trois ans, jusqu'au 18 septembre 2007, pour que le parquet de Paris soit saisi! "Le traitement réservé à ce dossier est tout à fait dans la norme", se défend devant les policiers François Werner, le directeur de Tracfin. Il précise avoir relaté, dès octobre 2006, le contenu du dossier UIMM à Gilles Grapinet, alors directeur de cabinet de Thierry Breton, au ministère des finances.


Le 26 mars 2007, M. Werner fait part à M. Grapinet – aujourd'hui directeur de la stratégie au Crédit agricole – de son intention de transmettre le dossier à la justice. Enfin, il revient le 11 septembre 2007 vers Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, pour l'informer de l'état de la procédure. "Au cours de ces entretiens, dit M. Werner, mon interlocuteur ne m'a donné aucune instruction." Une semaine plus tard, l'affaire fera les gros titres des journaux.


La brigade financière demeure dubitative sur le déroulement réel de l'enquête initiale de Tracfin. Elle a d'ailleurs procédé à une perquisition dans les locaux de cet organisme qui dépend du ministère de l'économie. Fin 2004, l'enquêteur affecté au dossier UIMM chez Tracfin, Philippe Virey, avait adressé une note résumant les retraits suspects. Cette note est parvenue à Jean-Marc Maury, secrétaire général adjoint de l'organisme antiblanchiment. Pas de réponse. Puis l'enquêteur a reçu pour consigne de "continuer l'enquête". Une manière élégante d'enterrer un dossier. M. Werner n'était pas en place au moment des faits. Mais, pour le directeur de Tracfin, "36 % des enquêtes durent plus d'un an (…). La sensibilité évidente de ce dossier exigeait des précautions juridiques maximales".


Dans sa note, M. Virey se souvient pourtant avoir "listé les flux et les montants depuis 2000 ainsi que les explications du directeur financier de l'UIMM". Des enquêtes préliminaires ont été ordonnées pour moins que cela. Mais M. Virey n'a jamais eu de retour de sa note. "Ma hiérarchie m'a demandé de conserver le dossier en cours d'enquête , j'ai donc actualisé les flux." En clair, il a continué à comptabiliser les retraits suspects. Et c'est tout.


Près de trois ans plus tard
, ses responsables lui demandent enfin de déterrer sa note, puis de l'actualiser. Après qu'elle a été signée par le directeur des enquêtes le 15 juin 2007, il faut attendre trois mois de plus, pour que, le 13septembre, le magistrat détaché à Tracfin appose son paraphe final. Les autorités n'étaient plus à quelques semaines près. Le 18 septembre 2007, trois pages de signalement finissent par atterrir sur le bureau de Jean-Claude Marin, le procureur de Paris.

Gérard Davet

Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /2008 00:03

 


Les caisses noires du patronat


Source
: Le Nouvel Observateur 15.05.08



L'affaire de l'UIMM a mis en lumière des pratiques stupéfiantes. Et si elle n'était que la face émergée de l'iceberg, comme le montre le livre «l'Argent noir des syndicats» dont nous publions des extraits ? Attribution de voitures, rémunérations occultes, horaires allégés, licenciements à prix d'or... sont autant de petits arrangements pour acheter la «paix sociale» et discréditer un peu plus les centrales, petites ou grandes. N'est-il pas temps d'ouvrir enfin le débat ?

On l'avait un peu oubliée, elle paraissait même archaïque, la belle et bonne corruption à l'ancienne, celle des valises et des prébendes, des véreux et des chéquards, noyé que l'on était par le flot d'informations sur l'enrichissement personnel abusif, les retraites-chapeau et les stock-options pharaoniques des patrons, avec une masse d'accusations et de condamnations bien plus tendance, comme celles d'abus de biens sociaux, de faux bilans, de banqueroutes frauduleuses, de manipulations de cours, de délits d'initié, de travail dissimulé, d'escroqueries, etc. Et voilà que cette corruption basique nous est revenue en pleine figure, avec cette affaire de l'Union des Industries des Métiers de la Métallurgie (UIMM), sidérante en elle-même par l'importance des sommes en jeu, par son côté anachronique et surtout par la mise en cause de certains syndicats, derniers totems d'une société qui rejette ses élites et ses corps intermédiaires. S'agissant d'eux, ce que l'on découvre au fil de l'enquête et des controverses patronales déchire le voile pudiquement jeté sur un ensemble de pratiques, plus diffuses et plus obliques, simultanément révélées dans un livre controversé, rédigé par un journaliste d'investigation et deux anciens syndicalistes («l'Argent noir des syndicats», Fayard).

Ce livre, dont nous publions plus loin les bonnes feuilles (voir page 14), fourmille d'informations sur la façon dont les patrons, privés ou publics, ont pris la haute main sur les syndicats, y compris les plus représentatifs. On savait qu'ils maniaient parfois durement le bâton; on apprend maintenant comment ils n'hésitaient pas à proposer la carotte. Souvent avec succès. La thèse celle de SUD et des dissidents de la CFDT qui sous-tend ce livre est malheureusement sans nuance (voir l'article de Jacques Julliard p. 20) : selon les auteurs, ce n'est pas par choix stratégique ou politique que les syndicats font leur aggiornamento mais ils trahissent leurs mandants en collaborant avec les patrons, tout simplement parce qu'ils sont achetés !


Voilà une vilaine expression que n'emploiera jamais le très distingué Denis Gautier -Sauvagnac, châtelain, énarque, ex-président de l'UIMM, ex-numéro 2 du Medef, orateur brillant, provocateur né, maniant le vocabulaire avec un art consommé de la litote. Lors de son premier interrogatoire devant les policiers de la brigade financière, éberlués, il avait justifié les retraits de 19 millions d'euros d'argent liquide de l'agence de BNP Paribas et de l'antenne parisienne de la banque privée marseillaise Martin Maurel, toutes deux voisines du siège de l'UIMM, avenue de Wagram, par le souci de «fluidifier le dialogue social». C'était assez, pour se mettre, croyait-il, sous la protection de la loi Waldeck-Rousseau de 1884 qui garantit aux syndicats une opacité totale de leurs comptes et les protège de toute intrusion judiciaire. Lapparatchik patronal s'est comporté comme un véritable parrain du milieu : un pacte de corruption ne se rompt pas devant le premier policier venu. Placé en garde à vue pendant quarante-huit heures, celui qui fut un négociateur aussi habile et cynique qu'infatigable avec les syndicats n'a évidemment pas lâché un seul nom, ni montré du doigt une seule organisation. Pour donner le change tout en menaçant implicitement ceux qui seraient tentés de le lâcher il avait laissé entendre qu'il pourrait être plus bavard si on lui présentait les noms des bénéficiaires. Ce n'était que de la poudre aux yeux, un stratagème pour gagner du temps : le 16 avril dernier, devant le juge financier Roger Le Loire, «DGS» a déclaré : «Je n'ai jamais mentionné une organisation syndicale comme destinataire (...). Les procédures étaient très diverses, selon les cas, mais je n'appelais jamais personne.» Façon délicate de dire qu'il se contentait de répondre aux sollicitations... Seule petite précision : le lubrificateur des relations sociales a affirmé au juge que les versements en liquide avaient concerné, ces derniers temps, «entre cinq et dix» bénéficiaires. Dont il n'a, bien entendu, pas livré les noms. Devant ses pairs, le 12 octobre dernier, DGS avait cependant évoqué Force ouvrière en racontant comment, lorsqu'il avait pris ses fonctions en 1994, André Bergeron lui avait dit à mots couverts qu'ils «allaient se revoir tous les mois» en précisant, devant son air surpris, que son prédécesseur, Pierre Guillen, n'allait pas tarder à le «mettre au courant». Vieille tradition : chacun sait que FO a été créée à l'initiative de la CIA et financée par l'intermédiaire de l'UIMM, au lendemain de la guerre, pour contrer la CGT et contenir le communisme en France.


Le parrain du grand patronat, celui qui tirait les ficelles du Medef, joue en réalité sur du velours. Certes, après la découverte de «compléments de rémunérations» versés en liquide à plusieurs salariés de l'UIMM et non déclarés au fisc le verrou de la loi Waldeck-Rousseau a partiellement sauté : il s'agit là de délits caractérisés permettant aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations, même si l'UIMM a payé à l'Urssaf les cotisations sur les sommes dissimulées, auxquelles se sont ajoutées les pénalités légales.

Les enquêteurs disposaient d'un levier pour faire pression : en ne dévoilant pas le nom de ceux à qui il a personnellement versé 19 millions d'euros en liquide, entre 2000 et 2007, Denis Gautier-Sauvagnac s'expose à ce que le fisc impute ces sommes sur ses revenus personnels, avec un redressement pharaonique à la clé. Pour déjouer cette menace, DGS, rompu aux négociations difficiles, a obtenu de l'UIMM, en contrepartie de son départ et de son silence, la prise en charge de toutes les sommes qu'on pourrait lui réclamer, en plus d'une indemnité de départ de 1,5 million d'euros, accord approuvé le 20 décembre 2007 par le bureau de l'organisation patronale. Révélée par l'hebdomadaire «Marianne», cette transaction hors norme a été unanimement dénoncée, à commencer par Laurence Parisot, revenue tout exprès de vacances pour fustiger de tels comportements. La guerre au sommet du patronat français, entre anciens et modernes (ou prétendus tels) était déclarée.

Première conséquence de cette polémique : l'indemnité de départ de Gautier-Sauvagnac a été officiellement revue à la baisse. Mais, selon nos informations, cette révision ne serait que de pure façade. DGS n'a pas rendu l'argent qui lui a été versé et n'est, semble-t-il, pas décidé à le faire. Les deux parties cherchent un habillage, à la fois légal et secret. De toute façon, les éventuelles amendes et redressements fiscaux, ainsi que les frais d'avocat de l'ancien président resteront à la charge de l'UIMM.

Pendant des années, à l'instar de ses prédécesseurs, DGS a pu agir, sûr de son impunité. Comme si les manipulations d'argent liquide n'avaient pas été strictement encadrées depuis les années 1980. Comme si Tracfin, ce service du ministère des Finances chargé de traquer le blanchiment d'argent et la grande délinquance financière ne le concernait pas. Les sorties en liquide opérées au grand jour par le président de l'UIMM ont été repérées très tôt en tout cas depuis 2004 par BNP-Paribas. «Tous les ans, nous avons prévenu Gautier-Sauvagnac que nous informions Tracfin de ses retraits», nous avait confié, en privé, Baudoin Prot, président du directoire de BNP-Paribas. Toutes ces informations sont forcément remontées jusqu'aux ministres des Finances. Mais Thierry Breton, pas plus que ses prédécesseurs, Hervé Gaymard et Nicolas Sarkozy, n'ont jugé utile de transmettre le dossier à la justice, ni même... de faire fuiter l'information. C'est Christine Lagarde qui a rompu la loi du silence, avec l'aval de Sarkozy, élu président, qui a pu y voir un double avantage : en finir avec les archaïsmes patronaux d'un autre temps au profit des rénovateurs du Medef, conduits par Laurence Parisot; donner un coup de pied dans la fourmilière syndicale, dont il souhaite la recomposition.

Mais en autorisant Tracfin à transmettre le dossier au parquet, Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde imaginaient-ils que serait révélée, un mois plus tard, l'existence d'une caisse noire de 600 millions d'euros ? Une somme qui, bien placée, génère en toute opacité des revenus annuels de plus de 25 millions par an. Selon les statuts de l'Entraide professionnelle des Industries des Métaux (Epim), fondée en 1972 avec les cotisations volontaires de 0,1% de la masse salariale de 150 grosses entreprises, parmi lesquelles Peugeot, Citroën, Dassault, mais aussi Renault ou l'Aérospatiale (alors nationalisées), celle-ci était en théorie destinée à «apporter un appui moral et matériel de l'ensemble de la profession aux entreprises qui subissent un conflit collectif du travail».

Mais il apparaît clairement qu'elle visait tout autant à tuer dans l'oeuf les menaces de grève en corrompant les partenaires sociaux !
Ou bien à faire signer des accords par des syndicats minoritaires, qui seront ensuite appliqués par la CGT ou la CFDT. Une «prime à la signature» devant laquelle tout le monde fermait jusque-là pudiquement les yeux. Nombreux sont ceux qui se souviennent aujourd'hui de certaines négociations difficiles au cours desquelles la CFTC ou FO changeaient de position, après une suspension de séance et un aparté discret avec Denis Gautier-Sauvagnac.

En dépit de ces découvertes incroyables, l'enquête s'est poursuivie à un train de sénateur : le parquet a pris tout son temps pour confier le dossier à un juge qui n'est pas l'un des plus pugnaces du pôle financier et il a fallu attendre près de quatre mois pour que, le 15 janvier, Denis Gautier-Sauvagnac soit mis en examen. Comme si l'affaire était trop dérangeante pour trop de personnes pour être totalement mise à jour.

A cause des politiques ? Sans convaincre personne, DGS a affirmé qu'aucun élu n'était concerné par la caisse noire. Ce serait une nouveauté par rapport aux pratiques d'après-guerre, lorsque des députés venaient toucher leurs enveloppes au Comité des forges, ou à la campagne de Valéry Giscard d'Estaing, en 1974, dont Yves Bertrand, ancien patron des RG, lui-même entendu par la justice, a assuré dans un livre qu'elle avait été financée par l'UIMM. Cette organisation a soutenu d'autres candidats de droite en 1988, 1995 et en 2002. En 2007, l'organisation patronale aurait financé le syndicat étudiant UNI, dont certains militants ont été utilisés pour la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Il est en outre de notoriété publique que, fort de ses nombreux juristes et experts, l'UIMM dispose d'un groupe de députés et de sénateurs à sa botte. Ceux-ci votent les amendements qui leur sont suggérés, parfois entièrement rédigés sur du papier à en-tête de leur assemblée...

Ce n'est cependant pas la corruption des politiques qui peut expliquer la prudence de la justice dans ce dossier, mais bien l'implication des syndicats. L'idée que la plus archaïque des organisations patronales puisse financer les syndicats de salariés en donnant des enveloppes à leurs dirigeants est si choquante qu'elle a été longtemps refoulée. Sans doute Laurence Parisot était-elle proche de la vérité lorsqu'elle a évoqué, au début de l'affaire, «ces secrets de famille dont on subodore l'existence mais que l'on n'ose aborder». Plus proche, en tout cas, que lorsqu'elle s'est mise, plus tard, à jouer le rôle de la vierge effarouchée... Cette vérité oblige, en outre, à revisiter et à réévaluer le passé. «Selon mes informations, a déclaré DGS devant le juge Roger Le Loire, les retraits en espèces étaient bien supérieurs dans les années précédant ma prise de fonction, en 1994.» Ce qu'ont confirmé ses prédécesseurs, totalement solidaires. Certains se sont montrés relativement bavards, tel Yvon Gattaz, président du CNPF à l'époque où Peugeot, Citroën ou Simca s'appuyaient sur des syndicats maison, comme la CFT et la CSL, avec leurs nervis, pour briser les grèves.

Aujourd'hui, l'idée généralement admise est que la corruption patronale touche les petits syndicats, à l'exception de la CGT et de la CFDT. Les réactions outragées de Bernard Thibault et de Jacques Chérèque, qui contrastent avec celles, beaucoup plus timorées de FO, de la CFTC et de la CGC, confortent cette impression. Le mérite du livre consacré à «l'argent noir des syndicats» est de nuancer ce point de vue en montrant qu'au-delà de la grande corruption il existe toute une panoplie de petits arrangements attribution de téléphones portables ou de voitures, primes spéciales, rémunérations occultes, horaires allégés, embauche de parents ou d'amis, jusqu'aux licenciements à prix d'or visant les délégués syndicaux, à la base, quelle que soit leur carte. Au niveau national, la mise sous tutelle des syndicats peut se résumer, selon les auteurs, au fait que le taux de syndiqués, de 25% dans les années 1970, a été divisé par cinq aujourd'hui, alors que le nombre de permanents syndicaux a été multiplié d'autant. Un chapitre du livre se focalise sur la CGT-Construction, dont les 120 000 adhérents de 1974 faisaient vivre, grâce à leurs cotisations quatre permanents, à comparer avec les 15 000 adhérents de 2007 qui permettent d'entretenir 30 permanents salariés ! Personne n'empêche apparemment la justice de faire son travail. Mais les juges reflètent l'attitude de la société civile, vindicative vis-à-vis des politiques et indulgente dès qu'il s'agit de la face cachée des syndicats. C'est le cas du juge Jean-Marie d'Huy chargé, après une enquête préliminaire ouverte en mai 2003, d'instruire les malversations financières présumées au sein de la Caisse centrale d'Activités sociales d'EDF-GDF, gérée de tout temps par la CGT, qui brasse 400 millions d'euros, emploie 3 700 salariés permanents et plus de 6 000 saisonniers. Depuis cinq ans, son dossier est au point mort.
Les juges sont sans doute aussi rebutés par la difficulté de la tâche. Car, sans sombrer dans le cynisme, la corruption est partout : pour certains patrons, tout s'achète ou est susceptible de se laisser acheter : les cadres, bien sûr, par les stock-options, mais aussi les politiques, les élus locaux, les journalistes, les analystes financiers, les magistrats et, évidemment, les syndicalistes. Le livre rapporte les propos, tenus par Roger Poletti, ancien syndicaliste de FO-Transport, devant les caméras de France 2 : «Une fois, une entreprise m'a proposé une belle voiture, en échange de quoi on me demandait de laisser tomber un délégué central dans cette même entreprise.»


«Avec des miettes de pouvoir et de considération, on peut acheter une grande partie des hommes», affirment les auteurs. Avec des espèces sonnantes et trébuchantes, plus encore. Pour la justice, la plaie de la corruption est un délit difficile à identifier puisqu'il procède d'un pacte entre deux parties qui ont toutes deux intérêt à le garder secret. Au point que, selon certains juristes, la meilleure solution pour l'éradiquer serait d'assurer l'impunité totale à la partie qui dénoncerait l'autre en premier : il n'y aurait ainsi plus aucune sécurité du pacte de corruption !

Airy Routier
Le Nouvel Observateur 15.05.08




Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : MEDEF - Communauté : République sociale
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