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Bonjour !

Merci à celles et ceux qui ont la gentillesse
de reprendre la lecture de ce blog politique.

Les échéances électorales sont évidemment importantes.
Mais elles sont peu devant l'immensité de l'effort nécessaire
de formation, de réflexion, de cohésion pour
reconstruire le parti des socialistes
sur une ligne clairement à gauche ! 
 

Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 14:52

J'ai pris connaissance du Blog de Vincent BADEWIN (http://v.bawedin.over-blog.com/). J'y ai trouvé, outre des proximlités de sensibilités politiques importantes, ce petit bijou de "politique-fiction" qu'il introduit lui même de cette façon :

 

 J'ai  recu  ce  texte d'une  Amie de la Drome. Il s'agit  d'un texte d'anticipation mais  est ce de la  science fiction? 


3 septembre 2012


Enzo est assis à sa place, parmi ses 32 camarades de CP. Il porte la vieille  blouse de son frère, éculée, tâchée, un peu grande. Celle de Jean-Emilien, au  premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une grande marque.


La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe. Trop de  bruit. La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite qui vient remplacer leur  maîtresse en congés maternité. Il ne se souvient pas plus de son nom qu'elle ne  se souvient du sien. Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis  est partie en congés.La vieille dame de 65 ans est là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais  gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle. Il sentait le vin et  criait fort. Puis il expliquait mal. 


Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni  dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les dates  des croisades.  On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa première  évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans doute aussi aux  vacances.  Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre  gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il  l'a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus payer la  cantine. Il a commencé l'école l'an dernier, à 5 ans. L'école maternelle n'est plus  obligatoire, c'est un choix des mairies, et la mairie de son village ne pouvait  pas payer pour maintenir une école.  Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école à 3 ans, mais ses  parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter n'existent plus, place à la morale, à  l'alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à  se débrouiller seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. 


Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante élèves chacun  comme une garderie. L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls  les riches y ont accès.  Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l'école et  ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses  parents ne peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures  supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus  tôt et livrer les journaux avant de venir à l'école, pour aider son grand-père,  qui n'a presque pas de retraite. 


Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami Saïd  est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur (un  gendarme en retraite choisi par le maire) a rentré le dossier de Saïd dans 'Base  Élèves'. Il ne reviendra jamais.  Enzo n'oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à côté de  son père menotté. Il paraît qu'il n'avait pas de papiers... Enzo fait très  attention : Chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa  maman et dans celui de son frère. 


Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a besoin de  lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l'assurance,  et ses parents n'ont pas les moyens. 


L'an prochain Enzo devra prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever  plus tôt. Et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics d'enseignement > primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP dans le village  voisin, pour économiser un poste d'enseignant.  Ils seront 36 par classe. Que des garçons.  Les filles sont dans une autre école. 


Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son grand frère  Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être que les cours en  atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par coeur.  Mais, sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça ne sert à rien.


Le père  d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l'usine est partie là-bas. Il ne l'a > pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s'appelle, à cause de la  mondialisation.  Pourtant la vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !  Il lui tarde la récréation.


Il retrouvera Cathy, la jeune soeur de maman. Elle  fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l'école, dans la classe  de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait  fait grève. On dit que c'était un syndicaliste qui faisait de la pédagogie.  Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec  des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini  par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse dans un café, car sa  formation n'est pas payée. Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières  le soir et faire la classe la journée, c'est épuisant.» Surtout qu'elle dort  dans le salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer. 


Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec l'abbé  Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix commandements par  coeur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à Pâques. Sauf pour  ceux qui seront convoqués pour le soutien… 


Enzo se demande pourquoi il est là.  Pourquoi Saïd a dû partir.  Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.  Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail.  Pourquoi ils sont si nombreux en classe.  Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année.  Pourquoi il devra prendre le bus.  Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages. Pourquoi on le punit ainsi.  Pourquoi il n'a pas de lunettes.

Source : http://val-de-somme-socialiste.over-blog.com/

Par Gérard CONTREMOULIN - Publié dans : Anticipation - Communauté : République sociale
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