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Bernard Thibault menace d'autres grèves faute d'inflexion
Source : Challenges.fr | 12.10.2007 | 16:41 Reuters
PARIS (Reuters) - Les grèves du 18 octobre en France ne seront qu'une mise en bouche si Nicolas Sarkozy et son gouvernement continuent de simuler le
dialogue avec les syndicats et d'adopter uniquement les revendications patronales, prévient Bernard Thibault,
secrétaire général de la CGT. Dans un entretien avec Reuters, il estime indispensables des réformes pour redresser l'économie et les comptes publics, assurer l'avenir des retraites et
améliorer la situation des Français, mais juge mauvaises les solutions du gouvernement. "Il y aura beaucoup de monde" le 18 octobre pour la
journée d'action dans les transports, l'énergie ou
la Fonction Publique et première confrontation avec le gouvernement, prédit-il. "D'autres secteurs professionnels ont décidé de participer. Dans la métallurgie, on recense par exemple une centaine d'arrêts de travail sur des revendications salariales."
Selon Bernard Thibault, les rencontres répétées du Président de la République avec les syndicats ne sont qu'un "affichage qui ne suffira pas à résoudre les désaccords de fond". "Il est ouvert sur les photos. Il s'affiche avec les syndicats (...). La qualité
de ce dialogue, c'est autre chose." Au contraire, dit-il, "le Président et son
gouvernement ont tendance à décider d'une réforme, de son objectif et de son calendrier, et après de nous demander
d'accompagner cette réforme". Si cette situation perdure, "il y aura
d'autres grèves après le 18 octobre, c'est fort probable", estime Bernard Thibault. "Ce n'est pas le principe
des réformes qui nous effraie. Une majorité de Français attend des réformes et nous pensons qu'il y a des réformes à faire
dans bien des domaines mais c'est sur l'orientation, la définition des réformes et leurs objectifs qu'il y a polémique", insiste-t-il.
D'autant, ajoute le responsable syndical, que "le Président de la République a tendance à
traduire dans ses réformes assez systématiquement les attentes du patronat (...), des formules qu'on a
déjà largement utilisées sans que les résultats soient à proportion".
Principal casus belli, la réforme en cours des régimes spéciaux de retraite et celle du régime général et du régime de la Fonction Publique prévue en 2008. "On assiste à une dégradation du niveau des retraites versées et on nous dit qu'il n'y a pas d'autre solution que de continuer dans la même voie",
souligne Bernard Thibault. Selon lui, l'allongement de la durée de cotisation prévue
par le gouvernement "serait catastrophique pour les retraités". "Exiger une durée de cotisation de plus en plus longue pour des salariés qui de plus en plus
souvent vont avoir des interruptions de carrière, équivaut à dire qu'à 60 ans, les salariés
partiront avec des retraites de plus en plus basses."
Le Ministre du Travail, Xavier Bertrand, estime de son côté que l'allongement de la durée de cotisation est la
seule réponse crédible au vieillissement de la population si l'on veut maintenir le niveau actuel des pensions, ce
qu'il garantit. Pour financer le système de retraites, Bernard Thibault souhaite "une
autre politique de ressources humaines des entreprises" pour favoriser l'emploi des jeunes et des seniors.
"Si nous ne changeons pas la situation de l'emploi, il y a une impasse à considérer que seuls
ceux qui sont au travail aujourd'hui vont pouvoir subvenir aux besoins des retraités qui vont être de plus en plus
nombreux."
Sur la réduction de la dépense publique, il critique "un raisonnement binaire où l'on part du principe
qu'il faut accepter la réduction du nombre de fonctionnaires sans avoir débattu des missions que l'on décide de maintenir, de développer, voire d'abandonner".
"Que le gouvernement dise 'voilà la tendance vers laquelle nous voulons
aller', c'est une chose, mais dire
'nous avons décidé que c'est moins 22.900 et on va
demander en cascade aux services, sous la forme d'une règle de trois de remplir l'adition', c'est stupide et inefficace", ajoute-t-il.
Pour relancer l'économie, Bernard Thibault aurait souhaité des "dépenses utiles"
ou le conditionnement des allègements de charges pour les entreprises, plutôt qu'"un paquet fiscal pour les quelques
milliers de familles les plus aisées". Le gouvernement estime de son côté que les mesures fiscales de l'été se traduiront par "un choc de croissance" et une hausse du niveau de vie des salariés grâce aux heures supplémentaires. "Il y a un besoin
d'équipements publics, le parc de logement n'est
pas satisfaisant, il y a des investissements possibles en terme d'infrastructures", plaide au contraire le responsable
syndical.
"Si l'État estime devoir accompagner des politiques d'entreprises, il doit être
exigeant sur les résultats en matière d'emploi ou de politique
salariale", ajoute-t-il, dénonçant une distribution "à l'aveugle" des exonérations. Le déficit et l'endettement publics "ne sont pas une aberration en soi", estime Bernard Thibault, mais "si
l'on a un endettement, un accroissement des déficits publics, sans que l'on puisse penser que les dépenses sont de nature à résorber cette situation, on est sur une pente dangereuse".
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